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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306226

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306226

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306226
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantTANGALAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mars 2023 et 23 août 2024, Mme A B, représentée par Me Tangalakis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 11 549,98 euros, majorée des intérêts à compter du 21 décembre 2022, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement en cas de non admission à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n'a pas produit d'observation.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Raimbault en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Raimbault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

2. Mme B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 15 juin 2012 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle était hébergée dans un logement de transition depuis plus de dix-huit mois. En outre, par un jugement n° 1506091 du 6 juillet 2016, le présent tribunal a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de reloger Mme B, sous astreinte de 700 euros par mois à compter du 1er octobre 2015. Or, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à l'intéressée un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni d'avantage exécuté l'ordonnance lui enjoignant d'assurer son relogement. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 15 décembre 2012 à l'égard de Mme B.

Sur le préjudice :

3. Par un jugement n° 2017319 du 17 décembre 2021, le présent tribunal a déjà indemnisé les préjudices subis par Mme B durant la période du 15 décembre 2012 au 17 décembre 2021.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a été relogée que le 23 novembre 2023 dans un logement correspondant à ses besoins. Jusqu'à cette date, elle a vécu avec ses deux enfants, majeurs mais fiscalement à sa charge au moins jusqu'en 2022, dans un appartement de 27 m² situé au 6ème étage sans ascenseur, qui présente des caractéristiques incompatibles avec son état de santé. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la composition du foyer, et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par la requérante dans ses conditions d'existence en lui allouant une somme de 2 500 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme B s'étant vue refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent en revanche être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B une somme de 2 500 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement, en réparation de ses préjudices.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tangalakis et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

G. Raimbault

La greffière,

J. Iannizzi La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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