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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306530

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306530

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306530
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2022 et de lui proposer un hébergement en région parisienne, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéficie de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été procédé à un entretien de vulnérabilité et qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé à l'entretien de vulnérabilité avait reçu la formation spécifique requise ;

- sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'existence de l'avis du médecin de l'office exigé par les dispositions de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du motif légitime invoqué par la requérante pour justifier son refus d'orientation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Théoleyre,

- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,

- et les observations de Me Azogui, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 novembre 2022, Mme C A a introduit une demande d'admission au statut de réfugié enregistrée en procédure normale. Le 15 novembre 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à l'intéressée son refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Après que Mme A a introduit un recours administratif préalable, le directeur général de l'Office a confirmé ce refus d'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le 17 février 2023. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

3. La décision attaquée vise les article L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que Mme A a refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée, alors que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est subordonné à l'acceptation de cette proposition. Elle rappelle enfin que le service médical de l'OFII, saisi pour avis, n'a pas relevé de vulnérabilité particulière la concernant. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

5. L'Office produit à l'instance l'avis du médecin coordonnateur de l'OFII, établi le 20 décembre 2022, dont il n'est pas établi par la requérante qu'il n'aurait pas reçu une formation médicale adéquate. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de saisine du médecin de l'OFII doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'OFII, qui produit la fiche d'évaluation de vulnérabilité de Mme A, établie le 15 novembre 2022, n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de vulnérabilité de la requérante.

7. En quatrième lieu, la requérante soutient qu'elle avait des raisons légitimes pour refuser l'orientation régionale proposée par l'OFII et se prévaut de son suivi médical à l'hôpital Corentin-Celton. Toutefois s'il ressort des pièces du dossier que la requérante est effectivement suivie par cet établissement, les pièces qu'elle produit ne permettent pas d'établir que sa pathologie ne pourrait être prise en charge dans d'autres hôpitaux de France. Par suite, le directeur général de l'OFII pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, estimer que la requérante ne présentait aucun motif légitime pour refuser l'orientation régionale proposée.

8. En dernier lieu, la requérante soutient que son état de vulnérabilité fait obstacle à ce que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui soit refusé. Mme A produit notamment un certificat établi à sa demande par le Dr B, praticien au sein de l'unité de médecine sociale de l'hôpital Corentin-Celton, en date du 31 mars 2023, qui mentionne qu'elle fait l'objet d'un suivi gynécologique et cardiologique et qu'il serait souhaitable qu'elle puisse poursuivre son suivi en Île-de-France, ainsi qu'un certificat médical, en date du 19 août 2023, établi par le Dr D faisant état de troubles anxieux sévères avec troubles du sommeil. Ni ces documents, ni davantage l'ordonnance et les confirmations de rendez-vous produits par la requérante, ni encore l'attestation d'une amie dont la valeur probante est limitée, ne permettent d'établir que la requérante souffrirait d'une pathologie constitutive d'une vulnérabilité suffisamment sérieuse pour faire obstacle à la décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil attaquée. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de son état de vulnérabilité doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, Mme A étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Gagey et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Pestka, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le rapporteur,

M. Théoleyre

Le président,

P. Laloye

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2306530/6-

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