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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309102

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309102

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309102
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril et 13 décembre 2023 M. A B, représenté par Me Tisler, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler son compte-rendu annuel d'entretien, d'objectif et de performance au titre de l'année 2021, établi par la directrice régionale Occitanie de la Caisse des dépôts et consignations ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, la décision par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a fixé à 0 % le taux d'évolution de sa prime de fonction et de technicité en fonction de son évaluation professionnelle ;

3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- cette évaluation est une mesure de représailles discriminatoire au regard de sa qualité de lanceur d'alerte ;

- elle constitue un agissement de harcèlement moral ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- il n'est pas établi qu'un procès-verbal a été établi et qu'il a été approuvé par les membres de la commissions administrative paritaire lors da séance suivante conformément à l'article 29 du décret du 28 mai 1982 ;

- il n'est pas établi que son recours a été inscrit à l'ordre du jour transmis à tous les membres de la commission compétente dans le délai d'au moins huit jours avant la séance ;

- il n'est pas établi que ces membres ont été dûment convoqués conformément à l'article 30 du décret du 28 mai 1982 ;

- la réalité des votes des membres de la commission n'est pas établie concernant les avis partagés et défavorables en méconnaissance de l'article 32 du décret du 28 mai 1982 ;

- il n'est pas établi que son recours et les pièces jointes ont été communiqués à tous les membres de la commission au moins huit jours avant sa tenue, conformément à l'article 39 du décret du 28 mai 1982 ;

- il n'est pas établi que le quorum prévu à l'article 41 du décret du 28 mai 1982 était atteint ;

- il n'est pas établi que chaque membre présent ayant voix délibérative a été invité à prendre la parole avant qu'il ne soit procédé au vote, conformément au règlement intérieur de la commission ;

- les dispositions des articles 3 et 5 du règlement intérieur de la commission ont été méconnues ;

- il n'a pas été mis à même de pouvoir compléter son compte-rendu établi par son supérieur hiérarchique direct, avant que la directrice régionale n'apporte ses propres observations, conformément à l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 et à l'article 6 de l'arrêté du 16 octobre 2012 ;

- il n'a reçu aucune information sur l'ouverture et l'utilisation de ses droits afférents au compte personnel de formation en méconnaissance de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article L. 521-4 du code général de la fonction publique ;

- il n'a jamais reçu la communication de la fiche support de l'entretien professionnel et la fiche dite de l'emploi repère, conformément à l'article 4 de l'arrêté du 16 octobre 2012 ;

- son évaluation professionnelle est entachée d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ;

- l'établissement et la notification de ce compte-rendu d'entretien professionnel pendant la période durant laquelle il était suspendu de ses fonctions, est entaché d'erreur de droit ;

- elle est entachée de partialité et de déloyauté dès lors qu'elle a été menée par son supérieur hiérarchique et par son autorité hiérarchique alors qu'il avait alerté le déontologue de leurs actions et qu'ils ont témoigné à son encontre dans le cadre de la procédure disciplinaire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 novembre 2023 et 7 mars 2024, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Maury, conclut au rejet de la requête de M. B.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;

- l'arrêté du 16 octobre 2012 relatif à l'entretien professionnel annuel des fonctionnaires de la Caisse des dépôts et consignations et des agents ayant conservé le bénéfice des droits et garanties prévus au statut de la Caisse nationale de sécurité sociale dans les mines.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- les observations de Me Tisler, représentant M. B,

- et les observations de Me Maury, représentant la Caisse des dépôts et consignations.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 18 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 septembre 2012, M. A B a été titularisé dans le corps des attachés de l'administration de la Caisse des dépôts et consignations à compter du 1er septembre 2012 avant d'être promu au grade d'attaché principal par un arrêté du 18 décembre 2013 et reclassé dans le corps des attachés de l'administration de l'Etat à compter du 1er janvier 2015. Alors qu'il était affecté à un poste de contrôleur de premier niveau à la direction régionale Occitanie, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations l'a, par un arrêté du 17 février 2022, suspendu à titre conservatoire de ses fonctions. Le 11 mars 2022, M. B s'est vu notifier son compte rendu annuel d'entretien professionnel au titre de l'année 2021. Le 23 mars 2022, M. B a formé un recours hiérarchique contre ce compte-rendu. Par une décision du 7 avril 2022, la directrice de la direction régionale Occitanie a accepté de revoir l'évaluation sur un des objectifs 2021 pour le considérer comme atteint et d'ajouter sur les objectifs 2022 certains critères, mais a rejeté le surplus des demandes de M. B. Le 28 avril 2022, M. B a saisi la commission administrative paritaire qui, à l'issue de sa séance du 3 novembre 2022, a émis un avis favorable à la demande de réécriture de deux objectifs pour l'année 2023 formulée par M. B, a émis un avis défavorable à sa demande de révision de l'appréciation littérale de sa valeur professionnelle et des observations de l'autorité hiérarchique et a émis un avis partagé sur ses autres demandes de réévaluation et de révision. Par un courrier notifié à M. B le 23 février 2023, la directrice de la direction régionale Occitanie a informé M. B qu'elle avait décidé de suivre cet avis. Le compte-rendu d'entretien professionnel de M. B au titre de l'année 2021 a été notifié à l'intéressé le 27 février 2023. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ce compte-rendu et d'annuler, par voie de conséquence, la décision par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a fixé à 0 % le taux d'évolution de sa prime de fonction et de technicité en fonction de son évaluation professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation du compte-rendu d'entretien professionnel :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 susvisé : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. / Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. / Lecompte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier. ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 16 octobre susvisé : " Le compte rendu de l'entretien professionnel annuel, signé par le supérieur hiérarchique direct qui a conduit l'entretien, est communiqué à l'agent. / L'agent peut, s'il le souhaite, compléter le compte rendu par ses observations. / L'autorité hiérarchique qui vise le compte rendu d'entretien professionnel annuel peut également y formuler ses observations. / Le supérieur hiérarchique direct notifie le compte rendu d'entretien professionnel annuel à l'agent qui le signe dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 susvisé. / A l'issue de la procédure prévue au présent article, le supérieur hiérarchique direct remet à l'agent une copie du compte rendu définitif. / Ce compte rendu est versé au dossier individuel de l'agent et est pris en compte pour l'examen de toute proposition d'avancement de grade ou de promotion au choix ainsi que pour l'attribution de réduction d'ancienneté prévue à l'article 7 ou de majoration d'ancienneté prévue à l'article 10 du présent arrêté. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le compte-rendu d'entretien professionnel doit être établi et signé par le supérieur hiérarchique direct de l'agent évalué, puis ce dernier dispose alors de la faculté de formuler des observations, avant que le compte rendu soit transmis pour visa à l'autorité hiérarchique, qui est alors la seule à être autorisée à formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu de son entretien professionnel signé par son supérieur hiérarchique direct le 7 mars 2022 ne lui a été communiqué qu'après le visa de son autorité hiérarchique qui a également formulé ses propres observations.

5. Si la Caisse des dépôts et consignations fait valoir que M. B faisait l'objet d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article 30 de la loi du 30 juillet 1983 depuis le 16 février 2022, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le compte-rendu de son entretien professionnel lui soit communiqué dans les conditions prévues par les dispositions précitées, le cas échéant par voie dématérialisée, avant que l'autorité hiérarchique ne formule ses observations. Ce faisant, la Caisse des dépôts et consignations a privé M. B de la garantie liée au caractère contradictoire de la procédure d'établissement des comptes-rendus d'entretien professionnel.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par M. B, que le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant à 0 % le taux d'évolution de sa prime de fonction et de technicité :

7. Si M. B demande au tribunal d'annuler cette décision par voie de conséquence de l'annulation de son compte-rendu d'entretien professionnel, il n'assortit ces conclusions d'aucun moyen, ni d'aucune précision, alors, au demeurant, que cette prime de fonction et de technicité est attachée à la nature des fonctions exercées et non à la manière de servir de l'agent.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Il y a lieu d'enjoindre à la caisse des dépôts et consignation de procéder à la convocation de M. B et d'établir un nouvel entretien professionnel aux fins d'appréciation de sa valeur professionnelle au titre de l'année 2021 et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le compte-rendu de l'entretien professionnel de M. B établi au titre de l'année 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de procéder à la convocation de M. B en vue d'un nouvel entretien professionnel au titre de l'année 2021 et d'établir un nouveau compte-rendu d'entretien professionnel dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Caisse des dépôts et consignations versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la Caisse des dépôts et consignations. Copie en sera délivrée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Gandolfi, premier conseiller,

- Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2024.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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