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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309120

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309120

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET OFFICIO AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

La requête concerne l'exécution d'une décision administrative relative à la revalorisation de l'IFSE d'une attachée d'administration de l'État. Le Tribunal Administratif de Paris rejette la demande d'annulation, estimant que le courrier invoqué du 4 février 2021 ne constituait pas une décision créatrice de droits mais indiquait seulement un examen favorable en cours. Les conclusions indemnitaires sont également rejetées, le tribunal ne retenant pas de faute de nature à engager la responsabilité de l'État dans la gestion de la situation de l'agent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2023, Mme A... B... représentée par Me Batôt, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion a rejeté sa demande tendant à exécuter une décision du 4 février 2021 ;

2°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 121 760 euros assortie des intérêts aux taux légal ainsi que de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison de plusieurs fautes dans la gestion de sa situation ;

3°) d’enjoindre au ministre, à titre principal d’exécuter la décision du 4 février 2021 en procédant à la revalorisation rétroactive et effective depuis 2020 de son IFSE au niveau médian du barème applicable aux agents de son grade classée au groupe 2, au besoin en procédant à des rappels d’IFSE sur ses bulletins de paie, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de statuer à nouveau sur sa demande de revalorisation de son IFSE à partir de 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais de justice.

Elle soutient que :
Concernant les conclusions à fin d’annulation :
- la décision lui accordant la revalorisation de son IFSE n’a jamais été exécutée ;

Concernant les conclusions indemnitaires :
- le ministre a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité : elle a été contrainte de régulariser un trop perçu en raison d’erreurs sur ses bulletins de paie ; la notification individuelle indemnitaire lui a été notifiée tardivement ; une IFSE d’un montant inférieur au socle indemnitaire lui a été attribuée ; aucune revalorisation de son IFSE n’a été effectuée ;
- ces fautes ont entrainé des préjudices qui peuvent être évalués à 121 760 euros correspondant à un préjudice financier de 100 000 euros, des frais d’avocat à hauteur de 1 260 euros et un préjudice moral à hauteur de 7 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 janvier 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 6 février 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lemoine, représentant Mme B....



Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., est attachée d’administration de l’Etat depuis le 1er juillet 2015 et a exercé des fonctions de chargée de mission à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECTTE) d’Île-de-France à compter du 1er janvier 2016. Par un courriel du 26 novembre 2020, la DIRECTTE d’Île-de-France lui a notifié son montant annuel d’IFSE d’un montant de 10 699,92 euros au titre de l’année 2018. Estimant que ce montant était inférieur au socle indemnitaire prévu pour les attachés d’administration de l’Etat appartenant au groupe de fonctions n°2 en Île-de-France qui s’élève à 11 600 euros, elle a, le 2 décembre 2020, formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision en contestant son montant d’IFSE et en sollicitant le reclassement de son montant d’IFSE au plancher du groupe de fonctions n° 2 précité à compter de l’année 2018. Par un courriel du 4 février 2021, la DIRECTTE l’a informée qu’une suite favorable pouvait être réservée à sa demande tant pour ce qui concerne le rattrapage de son montant d’IFSE au niveau du plancher du barème applicable que de son repositionnement au niveau médian de ce barème au titre de l’année 2020. A compter de juin 2021, sa demande a été partiellement satisfaite dès lors que son montant d’IFSE a été régularisé pour correspondre au socle indemnitaire du groupe de fonctions n° 2 et des rappels de traitement sont intervenus. Considérant qu’elle aurait dû être revalorisée pour obtenir un montant d’IFSE au niveau médian du barème applicable, elle a, par un courrier du 23 décembre 2022, mis en demeure la DIRECTTE d’exécuter la décision du 4 février 2021 pour ce qui concerne la revalorisation de son IFSE au niveau médian du barème applicable et formé une demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler la décision implicite rejetant sa demande d’exécution du courriel du 4 février 2021 et l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison de fautes commises par son administration.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Mme B... se prévaut de la décision du 4 février 2021 pour soutenir qu’elle a créé des droits à son profit. Elle fait valoir que son administration devait tirer toutes les conséquences de cette décision en revalorisant son montant d’IFSE au niveau médian du barème applicable règlementaire du 25 juin 2018 applicable aux attachés d’administration de l’Etat appartenant au groupe de fonctions n°2. Toutefois le courriel du 4 février 2021 qu’elle invoque, indiquait seulement qu’après « examen des demandes contenues dans votre recours gracieux, il apparait qu’il peut y être réservé un accueil favorable (…) ». Il en résulte que par ces termes mêmes, ce courriel n’a pas entendu faire droit à la demande de la requérante. Dans ces conditions, Mme B... n’est pas fondée à se prévaloir de ce courriel pour soutenir que sa demande de revalorisation de son IFSE était acquise et que l’administration aurait dû y faire droit. Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l’existence d’une faute :

S’agissant d’une faute relative à des erreurs sur ses bulletins de paie et d’un défaut d’assistance :

3. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l’administration avait l’obligation de refuser cet avantage. En revanche, n’ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d’une décision prise antérieurement. Pour l’application de ces règles à la détermination de la rémunération des agents publics, le maintien du versement d’un avantage financier ne peut être assimilé à une décision implicite accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation non créatrice de droits. L’administration ne commet donc pas d’erreur de droit en demandant à l’agent le remboursement des sommes indument perçues. Toutefois, lorsque la perception prolongée par l'intéressé est principalement imputable à la carence de l’administration, celui-ci est fondé à solliciter la réparation du préjudice ayant découlé de cette carence.

4. Mme B... soutient que l’administration a commis une première faute en lui versant un traitement erroné générant un trop perçu et que l’inertie de son administration malgré ses démarches afin de régulariser cette situation constitue une seconde faute. Toutefois, s’il n’est pas contesté que ses fiches de paie de janvier à juin 2017 indiquaient qu’elle travaillait à 80% alors qu’elle était en congé de longue maladie et qu’il était indiqué en janvier, août, septembre et octobre 2018 sur ses bulletins de paie qu’elle était en temps plein alors qu’elle était en mi-temps thérapeutique, le ministre soutient sans être contesté, que les erreurs précitées sont purement matérielles et que l’existence d’une créance d’indus de traitement n’est pas démontrée. Il n’est pas allégué également que le supposé trop perçu aurait été recouvré. Il s’ensuit que Mme B... ne justifie pas de l’existence d’un trop perçu de sorte que l’administration n’avait pas à régulariser sa situation financière et à l’assister dans ses démarches de régularisation. Il s’ensuit que l’administration n’a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires susvisées doivent être rejetées.

S’agissant d’une faute relative à la transmission tardive de la notification individuelle indemnitaire au titre de l’année 2018 :

5. Aux termes de l’instruction 2016 n°° DRH/SD1G-SD2H/311 du 17 octobre 2016 relative à la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) au sein des ministères sociaux et à la campagne indemnitaire 2016 : « (…) Chaque responsable hiérarchique notifie par écrit à chaque agent le groupe de fonctions dans lequel il est classé (…) »

6. Il résulte des dispositions précitées que les agents des ministères sociaux doivent se voir notifier le groupe de fonctions dans lesquels ils sont classés. En l’espèce, il est constant et ressort d’un courriel produit au dossier que Mme B... s’est vue notifier, le 26 novembre 2020, son régime indemnitaire au titre de l’année 2018. Si le ministre, invoque pour justifier ce retard, son placement en congé de longue maladie du 18 janvier 2017 au 17 juillet 2017 puis son placement en mi-temps thérapeutique de janvier 2018 à janvier 2019, ces circonstances ne sont pas de nature à justifier ce retard de près de deux ans. Ainsi, il résulte de l’instruction alors que la requérante avait sollicité dès le mois de novembre 2018, la notification de son régime indemnitaire, que ce retard anormal est constitutif d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration.

7. Mme B... fait valoir que ce retard l’a induite en erreur sur son groupe de fonctions. Elle soutient qu’elle pensait être classée dans le groupe de fonctions n°3 alors qu’elle faisait partie du groupe de fonctions n°2 comme l’indique sa notification indemnitaire au titre de l’année 2018 de sorte qu’elle n’aurait pas sollicité une mobilité sur un emploi d’un groupe de fonctions inférieur en l’absence de cette faute. Si le ministre fait valoir que la requérante qui était en fonction depuis 2015 pouvait connaître son groupe de fonctions autrement que par la notification de son régime indemnitaire, il ne le démontre pas. Dans ces conditions, et alors que Mme B... avait sollicité dès le mois de novembre 2018 la notification de son régime indemnitaire, cette dernière est fondée à solliciter une indemnisation de son préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 1 000 euros.

S’agissant d’une faute relative au versement d’une IFSE d’un montant inférieur au socle indemnitaire prévu :

8. Mme B... soutient que l’Etat a commis une faute en lui versant un montant d’IFSE inférieur au socle indemnitaire prévu par l’instruction précitée du 17 octobre 2016. Toutefois, s’il est constant que la requérante s’est vue notifier un montant d’IFSE de 10 699,92 euros au lieu de 11 600 euros, il est également constant que cette erreur a été rectifiée. En outre, la requérante ne fait état d’aucun préjudice propre en lien avec cette erreur fautive. Il s’ensuit que les conclusions indemnitaires susvisées doivent être rejetées.



S’agissant d’une faute relative à l’absence de revalorisation de l’IFSE depuis 2016 :

9. Aux termes de l’article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d’un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel dans la fonction publique de l’Etat (RIFSEEP) : « Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier (…) d’une indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (…) ». Aux termes de l’article 2 du même décret : « Le montant de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d’expertise requis dans l’exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes (…) / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d’emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé ». Aux termes de son article 3 : « Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : / 1° En cas de changement de fonctions ; / 2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; / 3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion ».

10. La circulaire ministérielle du 5 décembre 2014, relative à la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel indique en son II que : « L’IFSE permet de valoriser l’ensemble des parcours professionnels, et non plus seulement ceux marqués par un accroissement significatif de responsabilités. La progression de carrière de l’agent est, en effet, faite d’alternances entre des périodes d’approfondissement de compétences techniques, de diversification des connaissances et d’accroissement de responsabilités. / (…) ». Elle ajoute que « L’expérience professionnelle peut être assimilée à la connaissance acquise par la pratique : le temps passé sur un poste « met à l’épreuve l’agent » qui, de son côté, doit s’approprier sa situation de travail par l’acquisition volontaire de compétences. / Elle doit être différenciée : / - de l’ancienneté qui se matérialise par les avancements d’échelon. (…) / - de la valorisation de l’engagement et de la manière de servir. / (…) La prise en compte de l’expérience professionnelle acquise par un agent constitue la nouveauté majeure de ce nouveau dispositif indemnitaire. Le montant de l’IFSE fera ainsi l’objet d’un réexamen en cas de changement de groupe de fonctions avec davantage d’encadrement, de technicité ou de sujétions, afin d’encourager la prise de responsabilité mais également : - en cas de mobilité vers un poste relevant d’un même groupe de fonctions ; / - a minima, tous les 4 ans, en l’absence de changement de poste ou, pour les emplois fonctionnels, à l’issue de la première période de détachement ; / - en cas de changement de grade suite à une promotion. / Si des gains indemnitaires sont possibles, le principe du réexamen du montant de l’IFSE n’implique pas une revalorisation automatique. Ce sont bien l’élargissement des compétences, l’approfondissement des savoirs et la consolidation des connaissances pratiques assimilées sur un poste qui doivent primer pour justifier cette éventuelle revalorisation. / (…). 2.2 Situation de l’agent qui ne change pas de fonctions : Pour les ministères souhaitant formaliser des règles de modulation de l’IFSE pour l’agent qui ne change pas de fonctions, le respect des principes suivants, arrêtés dans le cadre des groupes de travail interministériels, est préconisé : - La valorisation de l’expérience professionnelle doit reposer sur des critères objectivables tels que : Approfondissement des savoirs techniques et de leur utilisation ; Approfondissement de la connaissance de l’environnement de travail et des procédures (interaction avec les différents partenaires, connaissance des risques, maîtrise des circuits de décisions ainsi que des éventuelles étapes de consultation, etc.) ; Gestion d’un événement exceptionnel permettant d’acquérir une nouvelle expérience ou d’approfondir les acquis : participation à un projet sensible et/ou stratégique (projet de loi, opération immobilière d’envergure etc.) induisant une exposition renforcée et prolongée et/ou des sujétions nouvelles (…) »

11. Mme B... doit être regardée comme invoquant une faute de l’Etat pour ne pas avoir revalorisé son montant d’IFSE depuis 2016. A cet égard, elle se prévaut de ses évaluations professionnelles. Toutefois, si les évaluations professionnelles de la requérante sont, comme elle le soutient, élogieuses, cette seule circonstance ne permet pas d’établir que le ministre aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en ne revalorisant pas son montant d’IFSE. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l’instruction que l’administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.





D É C I D E :





Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... la somme de 1 000 euros.

Article 2 : L’Etat versera à Mme B... une somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre du travail et des solidarités.


Délibéré après l’audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Nikolic, présidente,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 mars 2026.


Le rapporteur,
Signé
J. REBELLATO
La présidente,
Signé
F. NIKOLIC



La greffière,

Signé


C. CHAKELIAN


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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