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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313592

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313592

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313592
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGHARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, Mme E A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entachée d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est exposés à des risques pour sa vie et sa sécurité au Sri Lanka.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle,

- les observations de Me Gharbi, avocat de Mme A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, en précisant qu'elle attend un autre enfant avec son compagnon, ce que l'arrêté a omis de mentionner, qu'elle a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, et soutient, en outre, que la décision fixant le Sri Lanka comme pays de son renvoi méconnaît l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques pour sa vie et sa sécurité liées à l'action de son compagnon en faveur des Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE) ;

- les observations de Mme A, assistée de M. C, interprète en langue tamoule, qui précise qu'elle est exposée à un risque d'agression sexuelle en cas de retour au Sri Lanka. En raison de l'action de son compagnon accusé d'être un sympathisant des LTTE par les autorités.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante srilankaise née le 31 juillet 1995 et entrée en France le 17 août 2022 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 novembre 2022, contre laquelle elle a foré un recours qui a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2023. Par un arrêté du 19 mai 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ".

3. Si la requérante, dont le recours a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2023, allègue avoir formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir et n'allègue pas, en tout état de cause, que cette demande serait antérieure à l'arrêté attaqué. Il n'établit pas ni même n'allègue davantage qu'elle serait titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° de l'article L. 611-1. Elle entrait ainsi dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet de police peut obliger un étranger à quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat placé sous l'autorité du chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre figurent " la rédaction et la notification des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pour les personnes déboutées de leur demande d'asile en France " selon l'article 23 de l'arrêté n° 2022-00953 du préfet de police du 5 août 2022, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, quand bien même il ne mentionne pas que la requérante attend un enfant, et est, par suite, suffisamment motivé.

6. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si Mme A se prévaut de ce qu'elle vit en concubinage avec un compatriote avec laquelle elle a eu un enfant né le 26 septembre 2022 et attend un autre enfant, toutefois, elle n'était présente en France que depuis moins d'un an à la date de l'arrêté et il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale serait dans l'impossibilité de se reconstituer hors de France et, en particulier au Sri Lanka, dont la requérante est ressortissante ainsi que son compagnon, lequel fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France et n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de la présence en France et des conditions de séjour de l'intéressée, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme A, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile, allègue être exposée à des risques de persécutions et de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Sri Lanka, et en particulier à des violences sexuelles, de la part des autorités, compte tenu de l'action de son compagnon en faveur du financement des LTTE qui lui ont valu d'être arrêté. Toutefois, les seules pièces produites présentées, d'une part, comme un dépôt de plainte du 26 mai 2023 qui n'est pas assorti de l'original et, d'autre part, un " formulaire de message " du 6 mai 2023 émanant de la police srilankaise et une attestation rédigée le 6 février 2023 par le chef de son village, sans garantie de provenance, ne sont pas de nature à l'établir. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, en tout état de cause, et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2023.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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