vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315253 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. D B, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entachée d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachés d'un défaut sérieux d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant son pays de renvoi méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la demande de réexamen de sa demande d'asile présentée par M. B, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 avril 2023 notifiée le 25 mai suivant, ne lui ouvrait pas droit au maintien sur le territoire français au vu du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle,
- les observations de Me Da Costa, se substituant à Me Pafundi, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision fixant l'Afghanistan comme pays de renvoi est illégale dès lors que depuis deux ans aucun renvoi n'y est effectué, l'aide au retour étant même rejetée par l'Office français de l'immigration en cas de demande, et qu'il n'a plus de nouvelles de sa famille depuis l'arrivée au pouvoir des taliban.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 29 juin 1996 et entré en France le 22 novembre 2020 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'OFPRA du 25 mai 2022, contre laquelle il a formé un recours qui a été rejeté par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 5 avril 2023. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée le 14 avril 2023, et a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA du 28 avril 2023, notifiée le 25 mai suivant, contre laquelle il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C E, attaché d'administration de l'Etat placé sous l'autorité du chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre figurent " la rédaction et la notification des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pour les personnes déboutées de leur demande d'asile en France " selon l'article 23 de l'arrêté n° 2022-00953 du préfet de police du 5 août 2022, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que la demande d'asile de M. B a été rejetée par l'OFPRA et par la Cour nationale du droit d'asile et qu'il n'est pas porté atteinte à sa vie privée et familiale. Il comporte ainsi les circonstances de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, quand bien même il ne mentionne pas sa demande de réexamen et son recours formé contre le rejet de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personne de M. B avant d'édicter l'arrêté attaqué, la circonstance qu'il ne mentionne pas sa demande de réexamen et son recours contre le rejet de celle-ci n'étant pas de nature à établir le défaut d'un tel examen.
5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Si M. B se prévaut de sa volonté d'intégration en France où il réside depuis 2020 et des attaches qu'il y a nouées, il ne justifie d'aucune insertion particulière, notamment sociale, et n'était présent que depuis environ trois ans à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. B allègue qu'il est exposé à des risques de mort ou de traitements inhumains ou dégradants en Afghanistan, compte tenu de la situation politique et sécuritaire qui y prévaut, en particulier à Kaboul et dans la province de Logar dont il est originaire, et de l' " occidentalisation " de son profil du fait de sa durée de présence en Europe, et qu'il n'a plus de nouvelles de sa familles. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de sources d'informations générales et de décisions rendues par la Cour nationale du droit d'asile à propos de compatriotes, il n'apporte pas d'élément de nature à établir qu'il encourt des risques actuels et personnels en cas de retour dans ce pays, alors, qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, dès lors, être écartés.
9. En dernier lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que les mesures d'éloignement vers l'Afghanistan ne soient pas effectivement exécutées est sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de police de Paris et à Me Pafundi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
H. Delesalle La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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