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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315290

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315290

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315290
TypeDécision
Formation6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantSPINELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2023 et le 6 septembre 2023, Mme C B, représentée par Me Spinella, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 du préfet de police de Paris en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à son bénéfice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour dès lors que celle-ci a été prise par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- elle ne peut être fondée sur le motif dont le préfet de police demande la substitution dès lors qu'elle dispose du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile l'ait entendue ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elles méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 juillet 2023 et le 13 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de substituer le motif tiré de ce que Mme B ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français du fait du rejet pour irrecevabilité de sa demande de réexamen de sa demande d'asile en application des dispositions du b) du 1° de L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif retenu tiré de ce que son droit de sa maintenir à la suite du rejet par la Cour nationale du droit d'asile de son recours contre la décision du 29 septembre 2017 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 15 mars 2018 notifiée le 14 mars 2023 en application des dispositions de l'article L. 542-1 du même code ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle ;

- les observations de Me Spinella, avocate de Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise qu'elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile devant la Cour nationale du droit d'asile compte tenu des éléments nouveaux dont elle dispose, que si ses deux enfants présents en France sont majeurs, ils sont arrivés à l'âge de treize ans et elle continue à les suivre même si elle ne subvient pas à leurs besoins, compte tenu notamment du risque de suicide que l'un d'entre eux présente, qu'elle encourt toujours des risques en cas de retour dans son pays d'origine du fait des activités de son mari et que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu notamment de la demande de titre de séjour pour motif médicaux formulée par sa fille qui n'est pas soignable en République démocratique du Congo ;

- les observations de Mme B qui précise qu'elle ne sait pas quelle était exactement l'activité de son mari et que l'organisation non-gouvernementale des droits de l'homme pour laquelle ce dernier travaillait et que son fils a contacté lui a indiqué que l'enquête le concernant n'était toujours pas terminée et qu'elle était encore recherchée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 11 janvier 1970 et entrée en France le 29 mars 2017 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté du 1er juin 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et fixe son pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A D, attaché d'administration de l'Etat placé sous l'autorité du chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre figurent " la rédaction et la notification des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pour les personnes déboutées de leur demande d'asile en France " selon l'article 23 de l'arrêté n° 2022-00953 du préfet de police du 5 août 2022, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi d'ailleurs que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose suffisamment les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour obliger Mme B à quitter le territoire français. Par suite, la décision satisfait à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / () ". En vertu du 3° de l'article L. 531-32, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, en cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article.

5. D'une part, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Il ressort de l'extrait de la base " TelemOfpra " produit par le préfet de police, que Mme B a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'OFPRA du 29 septembre 2017, contre laquelle elle a formé un recours qui a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 mars 2018, notifiée le 14 mars 2023. Le 11 avril 2023, elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA du 18 avril 2023, contre laquelle elle a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile le 16 juin 2023. Si, pour obliger Mme B à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'est fondé sur le motif tiré de ce que le recours présenté par l'intéressée contre la première décision du directeur général de l'OFPRA avait été rejeté, il y a lieu d'y substituer le motif tiré de ce que sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée en raison de son irrecevabilité par la seconde décision prise par cette même autorité dès lors qu'un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, sans qu'y fasse obstacle l'existence d'un recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile, et qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, sans que la requérante ne soit privée d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. D'autre part, la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français étant fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de la fin de son droit à se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande de protection internationale, et non pas sur celles du 3° du même article en raison d'une décision de refus de titre de séjour, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, d'une telle décision de refus.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Ces dispositions reprennent, à compter du 1er mai 2021, les dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile issues de l'article 44 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie. En vertu du IV de l'article 71 de cette loi, l'article 44 est entré en vigueur le 1er mars 2019 et s'applique aux demandes qui lui sont postérieures.

9. Il ressort de l'extrait de la base " TelemOfpra " que la demande d'asile présentée par Mme B a été enregistrée le 3 mai 2017 et ainsi été présentée à une date antérieure à celle de l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 44 de la loi du 10 septembre 2018. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

11. Il ressort des certificats établis les 23 mars et 19 juin 2023 par un médecin généraliste et la directrice du centre Primo Levi, à Paris, que Mme B est suivie et traitée dans ce centre depuis le mois d'août 2021, notamment par une psychologue clinicienne, et que, selon ce second certificat, elle est affectée de " pathologies somatiques " et " le vécu des violences politiques survenues dans son pays d'origine ont occasionné des perturbations des différents systèmes de régulation du corps qui ont des effets directs sur son état de santé et ses pathologies ". Toutefois, ces seuls documents ne sont pas de nature à établir que le défaut de sa prise en charge médicale pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'elle serait dans l'impossibilité de bénéficier d'une telle prise en charge en République démocratique du Congo, dès lors qu'ils ne prennent pas parti sur ces points. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En quatrième lieu, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

13. En l'espèce, d'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'accompagnante de sa fille malade dès lors que celle-ci, née le 1er mai 2023, était majeure à la date de l'arrêté. Au demeurant, s'il ressort du certificat établi le 13 février 2023 par un praticien hospitalier d'un centre médico-psychologique et de l'attestation de suivi établie le 1er février 2023 par la psychologue clinicienne du centre Primo Levi qui suit sa fille, que celle-ci souffre de problèmes psychiques, il ne ressort en revanche d'aucune des pièces du dossier, et notamment pas de ces documents, que le défaut de sa prise en charge médicale aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'elle serait dans l'impossibilité d'en bénéficier en République démocratique du Congo. La requérante ne peut par ailleurs davantage utilement se prévaloir de ce qu'elle peut bénéficier d'une carte de séjour temporaire en application de l'article L. 435-1 du même code, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, dès lors que les dispositions de cet article ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la requérante ne peut prétendre au bénéfice d'une carte de séjour temporaire de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de son état de santé, et, compte tenu de ce qui sera exposé au point 15, ne peut davantage prétendre au bénéfice d'une telle carte sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, le préfet de police n'a pas commis d'erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français.

14. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B réside sur le territoire français depuis 2017, elle n'y était ainsi présente que depuis un peu plus de six ans à la date de l'arrêté après avoir vécu jusqu'à l'âge de quarante-sept ans dans son pays d'origine et elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Par ailleurs, si elle vit sur le territoire français avec ses deux enfants, nés le 1er mai 2003 et entrés en même temps qu'elle, qui sont scolarisés et dont l'un est affecté de troubles psychiques nécessitant sa présence à ses côtés ainsi que l'atteste le certificat établi du 13 février 2023 déjà mentionné, ces derniers sont majeurs, ne disposent eux-mêmes d'aucun droit au séjour quand bien même ils auraient entrepris des démarches en vue d'obtenir leur admission exceptionnelle au séjour ainsi qu'elle l'allègue et il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale serait dans l'impossibilité de se reconstituer ailleurs qu'en France, et notamment en République démocratique du Congo compte tenu de ce qui sera exposé au point 18. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Mme B allègue être exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo en raison de l'action menée par son mari au sein d'une organisation non-gouvernementale de défense des droits de l'homme, le Centre international des formations en droits humains et développement (CIFDH/D), qui l'a amené à enquêter sur la fosse commune de Maluku dans lesquelles ont été ensevelis les corps de manifestants opposés au pouvoir du président Joseph Kabila, son mari ayant disparu, sans doutez assassiné par les autorités congolaises ayant fait irruption à leur domicile en juin 2016, de même que deux de ses filles, alors que son fils a obtenu le bénéfice de l'asile en République d'Afrique du Sud et qu'elle-même et ses deux autres filles ont réussi à s'échapper. Dans ce cadre, les autorités congolaises seraient à sa recherche pour obtenir des informations ou des documents en lien avec l'enquête menée par son époux. Toutefois, alors, au demeurant, que l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile comme sa demande de réexamen, et la Cour nationale du droit d'asile son premier recours, les éléments qu'elle produit ne sont pas de nature à établir la réalité des risques actuels et personnels allégués. A ce titre, ni le document présenté comme une attestation du CIFDH/D rédigée le 5 septembre 2022, ni aucun autre document, ne fait état de recherches ou de risques la concernant, et aucun élément n'est apporté quant aux motifs de l'octroi du statut de réfugié par les autorités sud-africaines à son fils. Par ailleurs, sa demande de recherches concernant ses deux filles disparues faite auprès de la Croix-Rouge française le 5 avril 2022, et le témoignage de son fils, présentent un caractère purement déclaratif, alors que les certificats médicaux la concernant ne comportent aucune indication sur les faits précis à l'origine des traumatismes évoqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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