lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315335 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CHAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, M. B A, représenté par Me Chayé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours à compter du prononcé du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Chayé en application de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois n'a pas été n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une décision du 26 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle ;
- les observations de Me Chayé, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise qu'il a fui le Mali en 2011, qu'il est entré en France en 2019, et que le centre des intérêts y est situé dès lors que ses parents sont morts au Mali et que son frère est en Mauritanie, qu'il n'a jamais eu notification d'une obligation de quitter le territoire français en 2021.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1993 et entré en France le 19 janvier 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 août 2020, contre laquelle il a formé un recours qui a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er juillet 2021, notifiée le 2 août 2021. Par un arrêté du 27 juin 2023, pris sur le fondement des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
2. En premier lieu, en vertu de l'arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, M. E, attaché principal d'administration de l'Etat, chef du bureau du contentieux, était compétent pour signer les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, directrices des étrangers et des naturalisations, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que celle-ci n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de leur signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose de manière suffisante les circonstances de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle est exigée par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté, que le préfet se serait abstenu de procéder à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français sans délai.
5. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
6. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si M. A se prévaut de ce qu'il présente des gages certains d'insertion en ayant une situation professionnelle stable ainsi qu'un logement, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge familiale, qu'il exerce une activité professionnelle sans y être autorisé et qu'il ne justifie pas de liens particuliers noués en France où il n'était présent que depuis environ quatre ans et demi à la date de l'arrêté. Par ailleurs, s'il a déclaré lors de l'audience que ses parents étaient décédés au Mali et que son frère résidait en Mauritanie, il avait indiqué lors de son audition par les services de police judiciaire à l'occasion de son interpellation qu'il avait " de la famille vivant au pays ". Dans ces conditions, et à supposer même que M. A ait quitté le Mali en 2011 ainsi qu'il l'allègue, le préfet des Hauts-de-Seine, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Il n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que le requérant puisse par ailleurs utilement se prévaloir de la méconnaissance de celles de l'article L. 435-1 du même code, ni violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
9. Pour fixer à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction français prononcée à l'encontre de M. A sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance qu'il résidait en France depuis le 19 janvier 2019, qu'il n'y justifiait pas de liens personnels et familiaux, et qu'il s'était soustrait à ne précédent mesure d'éloignement prononcée le 7 octobre 2021 par le préfet du Val-d'Oise. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. A, qui le conteste, se serait effectivement soustrait à une précédente mesure d'éloignement en l'absence d'élément établissant l'édiction et la notification d'une telle mesure, et il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les autres éléments qu'il a retenus. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à vingt-quatre mois la durée de son interdiction de retour sur le territoire français et, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, à demander l'annulation de ces décisions compte tenu de leur caractère indivisible.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement n'implique ni la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice de M. A, ni le réexamen de sa situation. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme à Me Chayé en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Chayé.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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