lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315347 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | MOUAFO TAMBO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, Mme C A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'accord franco-tunisien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police n'a pas examiné préalablement la possibilité de régulariser sa situation administrative ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant son pays de renvoi n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle,
- les observations de Me Mouafo Tambo, avocat de Mme A E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français viole les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant compte tenu du risque de séparation de son enfant et du père de ce dernier, ressortissant tunisien.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, ressortissante tunisienne née le 10 septembre 1990 est entrée en France le 4 décembre 2020 selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 juin 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme A E demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".
3. Mme A E ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, elle entrait dans le cas prévu par le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet de police peut obliger un étranger à quitter le territoire français, sans qu'il ait été tenu préalablement d'examiner la possibilité de régulariser sa situation administrative.
4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève les mesures d'éloignement des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
5. En troisième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination comportent de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-tunisien et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort du procès-verbal de son audition établi le 27 juin 2023 que Mme A E a déclaré être entrée sur le territoire français le 4 décembre 2020 avec son premier enfant né le 19 mars 2019, avoir un second enfant né le 19 octobre 2022 en France, et exercer une activité professionnelle. Si elle allègue résider avec son concubin, père de son second enfant, depuis l'année 2020, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir et à établir la relation entre l'enfant et son père sur la situation duquel elle ne livre aucun détail. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion, notamment professionnelle. Enfin, elle est entrée en France à l'âge de trente ans et n'y était présente que depuis environ deux ans et demi à la date de l'arrêté. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni même les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à les supposer invoquées. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
9. En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le second enfant de Mme A E entretiendrait des liens avec son père ni, en tout état de cause, que la mesure d'éloignement aurait pour effet de les séparer. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a porté atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant en violation des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A E tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A E et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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