Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. B... C..., agissant pour lui-même et sa fille A..., d'une demande d'indemnisation fondée sur le manquement de l'État à son obligation d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires, en raison d'absences répétées de professeurs non remplacés dans la classe de troisième de sa fille durant l'année scolaire 2022-2023. Le tribunal a jugé que la mission d'intérêt général d'enseignement impose à l'État une obligation légale d'assurer l'enseignement selon les horaires prescrits, et que le manquement à cette obligation, sans justification tirée des nécessités du service, constitue une faute. En l'espèce, le tribunal a retenu la responsabilité de l'État pour les heures d'absence non justifiées, en application des articles L. 122-1-1 et L. 211-1 du code de l'éducation, et a accordé une indemnité de 690 euros à A... C... pour le préjudice lié au retard dans ses apprentissages, ainsi que 500 euros à M. C... pour son préjudice moral.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2023 et le 20 novembre 2025, M. B... C..., agissant tant en son nom personnel qu’en celui de représentant légal de sa fille A... C..., représenté par Me Pitcher, demande au tribunal :
1°) d’enjoindre au recteur de l’académie de Paris de communiquer tous éléments utiles permettant d’informer le tribunal des absences de professeurs non remplacées dans la classe de A... C... au titre de l’année 2022-2023 ;
2°) de condamner l’Etat à verser à sa fille la somme de 690 euros et à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices subis par lui et sa fille en raison d’absences répétées de professeurs non remplacés ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 700 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le recteur de l’académie de Paris a manqué à son obligation constitutionnelle et légale d’assurer l’enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d’enseignement selon les horaires réglementairement prescrits, en n’assurant pas 69 heures de d’enseignements obligatoires à A... C..., scolarisée en classe de troisième au sein du collège Henri Matisse situé à Paris 20ème, qui lui étaient dus au titre son instruction durant l’année scolaire 2022-2023 ;
- le manquement de l’État à cette obligation a causé un préjudice, estimé à 690 euros, direct et certain à A... C... en lui causant un retard conséquent dans ses apprentissages ;
- le manquement de l’État à cette obligation a causé un préjudice, globalement estimé à 500 euros, direct et certain à M. B... C..., son père, consistant dans le préjudice moral résultant de l’obligation de réorganiser son emploi du temps, d’assurer de la présence d’un professeur particulier et d’assurer à la place de l’État l’enseignement de son enfant afin de limiter les lacunes accumulées par son enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2025, la rectrice de l’académie de Paris, rectrice de la région académique d’Île-de-France, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les heures d’absence ont été de très courte durée et un caractère perlé et imprévisible ;
- le montant total des heures d’absences décomptées par le requérant est inexact ;
- l’administration a accompli toutes les diligences requises pour trouver des solutions, notamment par la publication d’annonces de recrutement de professeurs contractuels ;
- il n’y a pas de lien de causalité entre les préjudices subis et l’absence d’heures d’enseignement obligatoire ;
- à supposer que la responsabilité de l’État soit engagée, il ne sera fait une juste appréciation des préjudices qu’en la limitant à une somme de 48 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- l’arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège, dans sa version applicable au litige ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Truilhé,
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... C..., fille de M. B... C..., était scolarisée, durant l’année scolaire 2022-2023, en classe de troisième au sein du collège Henri Matisse situé à Paris 20ème. Par une lettre du 3 juillet 2023, reçue le 10 juillet 2023, M. C... a demandé au recteur de l’académie de Paris, qui n’y a pas répondu, l’indemnisation des préjudices subis du fait de l’absence d’heures d’enseignement au cours des années scolaires 2022-2023. Par la présente requête, M. C..., agissant tant en son nom personnel qu’en celui de sa fille, demande l’indemnisation de ces préjudices.
2. Aux termes de l’article L. 122-1-1 du code de l’éducation : « La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. (…) ». L’article L. 211-1 du même code précise : « L'éducation est un service public national, dont l'organisation et le fonctionnement sont assurés par l'Etat, sous réserve des compétences attribuées par le présent code aux collectivités territoriales pour les associer au développement de ce service public. ». Il résulte de l’article D. 332-4 du code de l’éducation que sont déterminés par arrêté du ministre chargé de l’éducation nationale les programmes des enseignements communs, le volume horaire des enseignements communs et complémentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier peut être modulé par les établissements. L’annexe 2 de l’arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège, dans sa version applicable au 1er septembre 2022, fixe les enseignements obligatoires et leur volume horaire en classe de troisième.
3. La mission d'intérêt général d'enseignement qui lui est confiée impose au ministre chargé de l’éducation l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementairement prescrits. Le manquement à cette obligation légale qui a pour effet de priver, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
4. Il résulte de l’instruction, notamment des relevés d’emploi du temps versés à l’appui de la requête, que les 69 heures de cours d’enseignements dont aurait été privée, selon le requérant, A... C... pour les neuf matières litigieuses au cours de son année troisième au titre de l’année scolaire 2022-2023 étaient imprévisibles. Il en résulte ainsi que A... C... n’a pas été privée d’heures d’enseignement pendant une période appréciable. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, l’État ne peut être regardé comme ayant commis une faute dans l’organisation du service public en ne parvenant pas à assurer la continuité de l’enseignement des matières concernées à A... C... au titre de l’année scolaire 2022-2023.
5. Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander la condamnation de l’État à l’indemniser du préjudice subi par sa fille et par lui-même à raison des heures de cours non dispensées. Les conclusions aux fins de condamnation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, doivent celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et à la rectrice de l’académie de Paris, rectrice de la région académique d’Île-de-France.
Délibéré après l’audience du 3 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- Mme Monteagle, première conseillère,
- Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 décembre 2025.
Le président-rapporteur
La première conseillère,
signé
signé
J-C. TRUILHÉ
M. MONTEAGLE
La greffière,
signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne à la rectrice de l’académie de Paris, rectrice de la région académique d’Île-de-France en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.