vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2317989 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet et 26 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a refusé un délai de départ volontaire et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement et ce sous astreinte de 150 euros par jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est illégale dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve de la notification de la décision de rejet de sa demande d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été informé de la possibilité de solliciter un titre de séjour sur un autre fondement que l'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme.
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle n'est pas motivée ;
- elle n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle n'est pas motivée
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 27 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Salzmann,
- les observations de Me Simon substituant Me Berdugo, représentant M. B, assisté de M. C , interprète, qui fait valoir que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 code des relations entre le public et l'administration dès lors que le nom et le prénom et la qualité de l'auteur de la décision ne sont pas lisibles.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 13 juillet 1978 à Cumila, entré en France le 6 novembre 2021 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 juin 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2022. Il demande l'annulation d'un arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En outre, aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), jusqu'à la lecture publique de la décision ou, lorsque la Cour a statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci.
4. M. B soutient qu'il n'a pas reçu comme mentionné dans l'arrêté attaqué la notification de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle CNDA a rejeté son recours contre la décision de l'OFPRA du 17 juin 2022 dans une langue qu'il comprend. Alors que le tribunal a effectué une mesure d'instruction tendant à la production de la fiche " Telemofpra par courrier du 21 août 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne produit en défense aucun relevé du système d'information " Telemofpra " ni aucun élément permettant d'établir l'existence d'une décision lue en audience publique ou d'une ordonnance notifiée. Dans ces conditions, en l'absence de preuve apportée par le préfet de la Seine-Saint-Denis, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de préfet de la Seine-Saint-Denis a, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Il résulte de ce qu'il précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de M. B, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. Eu égard au motif d'annulation du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 28 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La magistrate désignée,
M. SALZMANNLa greffière,
C. LATOUR
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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