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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318437

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318437

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318437
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDELORME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Delorme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il n'a pas pu présenter ses observations en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Kanté pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Kanté ;

- les observations de Me Delorme, avocate commise d'office, représentant M. B, assisté de Mme A D, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que la requête en développant les moyens soulevés ;

- les observations de M. B ;

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1986, entré en France en 2016, selon ses déclarations, a sollicité l'asile le 11 octobre 2016. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande le 27 décembre 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 juin 2017. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 11 octobre 2018, décision confirmée par la CNDA le 25 janvier 2019. Par un arrêté du 2 août 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par un arrêté du même jour, il lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. B demande l'annulation de la décision du 2 août 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

3. En l'espèce, l'arrêté litigieux qui mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 211-5 du code de justice administrative et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que la demande de protection internationale de M. B a été rejetée par l'OFPRA, décision confirmée par la CNDA, de même que sa demande de réexamen, déclarée irrecevable par l'OFPRA, décision confirmée par la CNDA. Il indique enfin que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, dès lors que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Cet étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

6. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et suivants du code précité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit de l'intéressé d'être entendu n'impose alors pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

7. En l'espèce, M. B a été entendu par l'OFPRA, puis par la CNDA dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il a ensuite été entendu, lors de son audition du 1er août 2023 par un officier de police judiciaire, réalisée en la présence d'un interprète et pu faire valoir les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle, ainsi qu'il ressort du procès-verbal de son audition signé par l'intéressé. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a été empêché de présenter ses observations sur sa situation, ni qu'il a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux avant l'intervention de la décision d'éloignement prise à son encontre. Dès lors, le moyen tiré de ce que le requérant a été privé du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Et aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas, en elle-même, pour effet de fixer le pays de destination. En tout état de cause, M. B, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement exposé dans son pays à des traitements contraires aux stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet de police du 2 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de police et à Me Delorme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La magistrate désignée,

C. Kanté La greffière,

L. El Fakir

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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