Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 août 2023 et les 8 et 25 mars 2024, l’association Qualigaz Evonia, représentée par Me Lew, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle la directrice régionale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris a partiellement rejeté sa demande du 12 décembre 2022 de l’agrément prévu au II de l’article 209 du code général des impôts pour le transfert des déficits se rattachant à l’activité de la SAS Evonia ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
L’association Qualigaz Evonia soutient que :
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la procédure est irrégulière dès lors qu’elle n’a pas pu bénéficier du recours hiérarchique en méconnaissance de l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration et du paragraphe n° 180 de la doctrine BOI-SJ-AGR-10 ;
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l’administration a fait une interprétation erronée du II de l’article 209 du code général des impôts dès lors que l’exception prévue par cet article en cas de changement significatif d’activité n’est applicable qu’en cas de montage abusif ayant un objectif uniquement fiscal ;
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le déficit litigieux a été constitué en 2009 et ne peut être regardé comme ayant été volontairement créé dans un but fiscal ;
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au surplus, la société Evonia a poursuivi son activité de diagnostics au sein des immeubles après la cession d’un fonds de commerce en 2010 et cette activité ne peut être regardée comme ayant fait l’objet d’un changement significatif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 14 mars 2024, la directrice régionale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu’aucun moyen de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
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le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
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le code des relations entre le public et l’administration ;
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le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
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le rapport de Mme Dousset,
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les conclusions de M. Lenoir, rapporteur public,
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et les observations de Me Lew, représentant l’association Qualigaz Evonia.
Considérant ce qui suit :
L’association Qualigaz Evonia a pour objet principal le contrôle des installations de gaz et la formation des professionnels dans ce domaine. Elle a absorbé le 22 novembre 2022 sa filiale, la société Evonia. Par un courrier du 12 décembre 2022, l’association a demandé à l’administration fiscale l’agrément prévu au II de l’article 209 du code général des impôts pour le transfert des déficits reportables de la société Evonia. Par une décision du 19 juin 2023, la directrice régionale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris a admis cette demande pour les déficits des exercices clos en 2019, 2020 et 2022 mais a refusé le transfert du déficit d’un montant de 1 981 343 euros au titre de l’exercice clos en 2009. L’association Qualigaz Evonia demande l’annulation de cette décision en ce qu’elle lui a refusé l’agrément pour le transfert de ce déficit.
D’une part, aux termes de l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ».
L’association Qualigaz Evonia soutient que la procédure est irrégulière dès lors qu’elle a été privée de la possibilité d’exercer un recours hiérarchique, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration, le service n’ayant pas répondu à sa demande en ce sens formulée par un courrier du 3 juillet 2023. Toutefois, si l’exercice du recours hiérarchique peut avoir des conséquences sur le délai de recours contentieux, il est en revanche sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
D’autre part, aux termes de l’article 209 du code général des impôts : « II. – 1. En cas de fusion ou opération assimilée placée sous le régime de l’article 210 A, les déficits antérieurs, les charges financières nettes non déduites mentionnées au 1 du VIII de l’article 212 bis et la capacité de déduction inemployée mentionnée au 2 du même VIII par la société absorbée ou apporteuse sont transférés, sous réserve d’un agrément délivré dans les conditions prévues à l’article 1649 nonies, à la ou aux sociétés bénéficiaires des apports, et imputables sur ses ou leurs bénéfices ultérieurs dans les conditions prévues respectivement au troisième alinéa du I du présent article et aux 1 et 2 du VIII de l’article 212 bis. (…) L’agrément est délivré lorsque : / a) L’opération est justifiée du point de vue économique et obéit à des motivations principales autres que fiscales ; / b) L’activité à l’origine des déficits ou des intérêts dont le transfert est demandé n’a pas fait l’objet par la société absorbée ou apporteuse, pendant la période au titre de laquelle ces déficits et ces intérêts ont été constatés, de changement significatif, notamment en termes de clientèle, d’emploi, de moyens d’exploitation effectivement mis en œuvre, de nature et de volume d’activité ; / c) L’activité à l’origine des déficits ou des intérêts dont le transfert est demandé est poursuivie par la ou les sociétés absorbantes ou bénéficiaires des apports pendant un délai minimal de trois ans, sans faire l’objet, pendant cette période, de changement significatif, notamment en termes de clientèle, d’emploi, de moyens d’exploitation effectivement mis en œuvre, de nature et de volume d’activité ; / d) Les déficits et intérêts susceptibles d’être transférés ne proviennent ni de la gestion d’un patrimoine mobilier par des sociétés dont l’actif est principalement composé de participations financières dans d’autres sociétés ou groupements assimilés ni de la gestion d’un patrimoine immobilier. Cette disposition ne s’applique pas aux organismes mentionnés aux articles L. 411-2 et L. 481-1 du code de la construction et de l’habitation. (…) ».
Il résulte des dispositions du b du II de l’article 209 du code général des impôts que la condition qu’elles énoncent tient à ce qu’examinée pour elle-même, l’activité transférée à la société absorbante n’ait pas fait l’objet de changement significatif pendant la période au titre de laquelle ont été constatés les déficits dont le transfert est demandé. La période sur laquelle est appréciée cette condition s’étend de l’exercice de naissance des déficits en cause jusqu’à celui au cours duquel est effectuée la demande tendant à leur transfert. Eu égard aux conditions et modalités d’exercice de l’activité transférée durant cette période, l’agrément peut toutefois être accordé par l’administration pour une fraction seulement des déficits dont le transfert est demandé. Eu égard à ces mêmes conditions et modalités d’exercice, le juge de l’excès de pouvoir, saisi d’une argumentation en ce sens, peut annuler un refus d’agrément en tant seulement qu’il refuserait le transfert d’une fraction des déficits concernés.
Il ressort des pièces du dossier que l’administration fiscale a refusé d’accorder l’agrément sollicité par l’association Qualigaz Evonia en ce qui concerne le déficit de l’exercice clos en 2009 au motif que l’activité à l’origine de ce déficit correspondait à un fonds de commerce cédé par la société Evonia le 23 mars 2010 et qui ne correspondait donc plus à l’activité cédée à la date de la demande d’agrément.
Il ressort des pièces du dossier que la société Evonia, anciennement Verdictimmo, a cédé à la société Saretec Immobilier, par un acte du 23 mars 2010, un fonds de commerce dont l’activité était la réalisation des diagnostics techniques obligatoires en cas de vente ou de location d’un bien immobilier prévus notamment par l’article L. 271-4 du code de la construction et de l’habitation et l’article 3-3 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, dans sa version applicable. L’acte de cession mentionne que la société Evonia cède la clientèle attachée à ce fonds de commerce, les noms commerciaux « contrôle technique habitat » et « verdictimmo » et les marques et logos correspondants, les missions en cours, le droit à occupation précaire de l’établissement situé à Saint Malo, les éléments corporels attachés à l’exploitation de l’activité diagnostics, le droit aux lignes de téléphone et aux adresses électroniques, le droit au nom du domaine du site internet correspondant et de l’extranet attaché. En outre, la convention prévoit le transfert des contrats de travail de la majorité des salariés attachés à l’activité cédée à l’acquéreur. De plus, cette convention contient une clause de non concurrence par laquelle la société Evonia et l’association Qualigaz se sont engagées à ne pas « créer ou faire valoir directement ou indirectement ou de s’intéresser de quelque manière que ce soit (…) à toute activité identique ou similaire à celle objet de la cession » sur l’ensemble du territoire français pendant une durée de trois ans. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu’à l’issue de cette cession, l’actif immobilisé de la société Evia a été nul pendant les exercices clos de 2012 à 2015 et que ses effectifs, de 113 au moment de la cession, sont passés à 35 au 31 mars 2011 et à un à compter du 31 mars 2012. Si la société indique avoir continué à exercer une activité de réalisation de diagnostics, il est constant qu’elle a eu recours, pour ce faire à du personnel mis à sa disposition par l’association Qualigaz en vertu d’une convention du 20 mai 2011 de laquelle il ressort que la société Evonia, alors dénommée SEDI, souhaitait développer une offre d’audits énergétiques et de vérifications des installations de production d’énergies renouvelables et de formation à ces techniques, ce qui démontre qu’elle a, à compter de cette période, exercé, avec des moyens matériels et humains différents, auprès d’une nouvelle clientèle, la précédente ayant été cédée, une activité distincte de celle qu’elle exerçait auparavant et qu’elle ne pouvait, au demeurant, plus exercer pendant trois ans en vertu de la clause de non concurrence précitée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société avait exercé une telle activité avant la cession de son fonds de commerce le 23 mars 2020. Par suite, le déficit en litige doit être regardé comme correspondant à l’activité cédée par la société Evia avec ce fond. Dans ces conditions, il ne pouvait donc pas faire l’objet d’un transfert puisque la société n’exerçait plus l’activité correspondante. Par suite, et quand bien même l’opération en litige obéissait à des motivations principales autres que fiscales, c’est à bon droit que l’administration fiscale a refusé d’accorder à l’association Qualigaz Evonia l’agrément pour le transfert de ce déficit.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’association Qualigaz Evonia doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de l’association Qualigaz Evonia est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l’association Qualigaz Evonia et à la directrice régionale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l’audience du 15 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Topin, présidente,
Mme Dousset, première conseillère,
Mme Calladine, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.
La rapporteure,
Signé
A. DOUSSET
La présidente,
Signé
E. TOPIN
La greffière,
Signé
L. CLOMBE
La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.