jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319479 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MANELPHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 août et les 13 septembre 2023, M. B D C, représentée par Me Manelphe de Wailly demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 19 août 2023 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de faire supprimer son signalement dans le fichier européen de non-réadmission.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été pris par une autorité incompétente ;
- ils sont insuffisamment motivés ;
- ils ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- le préfet a commis une erreur de droit une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porter atteinte à sa vie privée et a méconnu les stipulations de l' article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne présente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Manelphe de Wailly représentant M. C.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêtés du 19 août 2023, le préfet de police a obligé M. C à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. M. C demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier et des écritures du requérant non utilement contestés par le conseil du préfet de police qui se borne à produire un mémoire stéréotypé et passe partout ne contenant aucune information concrète et circonstanciée sur la situation du requérant et se bornant à reprendre des généralités, que ce dernier est entré en France en 2012 à l'âge de 22 ans pour y terminer ses études, qu'il y a toujours résidé régulièrement soit sous couvert d'un titre de séjour étudiant de 2013 à 2016 soit " passeport talent " de 2017 à 2021 et justifie en avoir demandé le renouvellement dont il est toujours sans nouvelles hormis un email du 12 avril 2023 lui faisant part de la clôture de sa demande sans que la rubrique " pour la raison suivante " soit remplie et par suite justifiée et qu'il a engagé des procédures tant administratives que judiciaires pour contester ce classement. Ensuite, le requérant justifie d'un domicile et exerce une activité professionnelle au sein de l'entreprise individuelle qu'il a créé le 24 janvier 2023 et milite au sein de la société protection des animaux. Enfin, s'agissant du trouble à l'ordre public qui lui est reproché, il a apporté lors de l'audience publique des éléments d'explication non contredits en défense, le préfet de police n'ayant produit aucun document et notamment pas les documents relatifs à son interpellation et à sa garde à vue, faisant état d'un différend avec la personne auteur de la plainte et relatif au nombre de chats hébergés par cette personne dépassant de loin le maximum autorisé. Ensuite, il soutient, encore une fois sans être contredit par le préfet, que l'affaire a été classée sans suite et il produit une copie de son casier judiciaire ne faisant état d'aucune condamnation. Par suite, il est fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire et en ne lui laissant aucun délai de départ volontaire, le préfet de police a entaché son premier arrêté d'une erreur manifeste des conséquences sur sa vie privée et professionnelle et en prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de 3 ans, le préfet a entaché son second arrêté d'une erreur d'appréciation. Ainsi, M. A est fondé à demander l'annulation des arrêtés du 19 août 2023 du préfet de police.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
4. D'une part, il y a lieu, en application des dispositions susvisées du code, de n'enjoindre au Préfet de police que de se prononcer sur sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de prononcer ces injonctions sous astreinte.
5. D'autre part, le présent jugement, en tant qu'il annule l'interdiction faite à M. C de retourner sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il est donc enjoint au préfet compétent de faire procéder, dans un délai qu'il convient de fixer à trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 28 mai 2010.
6. Enfin, le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.
DECIDE
Article 1er : Les arrêtés du 19 août 2023 du préfet de police sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au Préfet de police d'examiner la situation de M. A au regard de son droit au séjour en France et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de faire procéder, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
A. Béal
La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
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