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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2320675

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2320675

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2320675
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantDA COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Da Costa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 septembre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable durant cet examen sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Da Costa au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le SIS :

- les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le SIS ne sont pas motivées ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le préfet de police n'étant ni présent ni représenté :

- le rapport de Mme Marzoug ;

- et les observations de Me Da Costa, représentant M. A, laquelle a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 12 décembre 1984, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 4 septembre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS)

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. D'une part, la décision attaquée n'ayant pas pour objet de refuser le séjour en France à M. A, celui-ci ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A se borne à soutenir qu'il est intégré en France et qu'il y a développé sa vie privée et familiale sans apporter aucune précision ni sur son insertion sur le territoire français ni sur les liens personnels et familiaux qu'il y aurait tissés et sans produire aucun élément à l'appui de sa requête de nature à établir la réalité de ses allégations. Par ailleurs, le requérant, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, n'établit pas qu'il n'aurait pas d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de police n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5 ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

7. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3, 4, 5 et 6 ci-dessus que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise sur le fondement d'une mesure d'éloignement illégale.

9. En dernier lieu, si le requérant invoque une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, il n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen permettant d'en apprécier le bien-fondé, de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

11. M. A soutient que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le SIS ne sont pas motivées. Toutefois, après avoir notamment visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté attaqué indique que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, qu'il allègue être entré sur le territoire en 2018, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 5 août 2022. Par ailleurs, l'arrêté attaqué précise, dans son article 3, que l'intéressé est signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

13. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence de circonstances humanitaires qui auraient justifié que le préfet de police ne prononce pas à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Da Costa et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La magistrate désignée,

S. MARZOUGLa greffière,

R. BOUDINA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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