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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321010

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321010

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321010
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGOURVEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Gourvez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 10 septembre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, d'une part, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, d'autre part.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation en droit et en fait ;

- elles ont été prises en méconnaissance du principe des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles violent les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle,

- les observations de Me Gourvez, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le préfet de police n'émet qu'un doute sur la tardiveté de la requête que rien ne permet d'établir, et que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est disproportionnée dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait effectivement eu connaissance de l'obligation de quitter le territoire français du 15 juillet 2022 à laquelle il s'est soustrait.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 25 janvier 1988 et entré en France le 8 avril 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 janvier 2022, contre laquelle il a formé un recours qui a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 mars 2022. Par un arrêté du 10 septembre 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00971 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C D, attachée d'administration de l'Etat placée sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui mentionnent suffisamment les considérations de fait et de droit sur lesquels elles se fondent, sont, dès lors, suffisamment motivées.

5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucune règle ou d'aucun principe du droit national, et notamment pas des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui n'est pas applicable, que les décisions attaquées auraient dû être précédées d'une procédure contradictoire.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

7. En quatrième lieu, les seules circonstances alléguées par M. A qu'il est entré en France le 8 avril 2019 et qu'il y est intégré professionnellement et personnellement, ce qu'il n'établit, ne sont pas de nature à faire regarder les décisions attaquées comme entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ou comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, le requérant étant majeur et n'établissant pas être le père d'un enfant mineur, il ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En sixième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence de délai de départ volontaire donné pour quitter le territoire français. Pour fixer à douze mois la durée de l'interdiction de tourner sur le territoire français, le préfet de police a relevé, conformément à l'article L. 612-10 de ce code, que l'intéressé était entré en France en 2019, qu'il ne pouvait se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France étant donné qu'il était célibataire et sans enfant à charge et qu'il s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 15 juillet 2022. Si M. A allègue qu'il n'est pas établi qu'il ait effectivement eu connaissance de cette dernière décision, le préfet de police a produit l'avis de réception de cette décision, signé le 29 juillet 2022, sans que le requérant n'apporte d'élément de nature à remettre en cause la régularité de cette signature ou de cette notification. Dans ces conditions, et compte tenu des autres motifs retenus par le préfet de police, qui ne sont pas contestés, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a pu prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gourvez et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

Le président,

H. DelesalleLe greffier,

A. LemieuxLe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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