vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2321126 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | COULIBALY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2302141 du 13 septembre 2023, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal administratif de Paris le dossier de la requête de Mme B A.
Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 septembre 2023 et le 10 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Coulibaly, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne prend pas en compte sa situation globale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen individuel de sa situation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête de Mme A.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Marzoug a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante chinoise née le 12 juillet 1995, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.
Sur le moyen tiré du vice d'incompétence :
2. Par un arrêté n° 659/2023 du 6 mars 2023, régulièrement publié, la préfète de l'Allier a donné délégation à M. D C, sous-préfet signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, durant les permanences assurées les week-end et jours fériés, les mesures prises dans le cadre des procédures d'éloignement des ressortissants étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées manque en fait et doit, par suite, être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de Mme A sur lesquels elle est fondée. En outre, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme A avant de prendre la décision litigieuse. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux doivent donc être écartés.
4. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. Si Mme A soutient qu'elle réside sur le territoire français depuis l'année 2018 et qu'elle y a établi le centre de ses intérêts, les éléments qu'elle produit à l'appui de sa requête, et notamment les pièces médicales et les relevés bancaires, ne suffisent pas à établir la réalité de ses allégations. En effet, l'intéressée, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne donne aucune précision sur les attaches personnelles et familiales qu'elle aurait en France. Par ailleurs, elle n'établit pas qu'elle n'aurait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Allier n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise, et ce en dépit des circonstances que l'intéressée a un emploi depuis le mois d'avril 2023, lequel est occupé illégalement, et que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut être regardée comme ayant été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit donc être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
8. Il ressort de la décision attaquée que la préfète de l'Allier s'est fondée sur les dispositions précitées des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à la requérante. En se bornant à faire valoir pour contester la légalité de la décision par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire que sa situation globale n'a pas été prise en considération, Mme A n'a pas assorti ce moyen des précisions qui auraient permis d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise sur le fondement d'une décision illégale.
11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 612-6 et l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'elle ne peut démontrer disposer en France d'attaches familiales fortes, que l'intéressée s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement et se maintient irrégulièrement sur le territoire national, qu'elle est célibataire et sans enfant et que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois édictée à l'encontre de Mme A doit être regardée comme comportant l'indication des éléments de fait et de droit sur laquelle elle est fondée. En outre, il ne ressort pas des motifs de cette décision ou des autres pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme A avant de prendre la décision litigieuse. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux doivent donc être écartés.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 ci-dessus, Mme A n'est pas fondée à soutenir que décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an édictée à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La magistrate désignée,
S. MARZOUGLa greffière,
R. BOUDINA
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024