jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2321130 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2311795 du 11 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris le dossier de la requête de M. C B.
Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 septembre 2023 et le 10 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Chauvin-Hameau-Madeira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de le munir, sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- la mesure d'éloignement étant illégale, la décision fixant le pays de destination est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;
- la mesure d'éloignement étant illégale, le préfet ne pouvait prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine informe le tribunal de ce que la requête de M. B n'appelle aucune observation particulière de sa part.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marzoug ;
- et les observations de Me Chauvin-Hameau-Madeira, représentant M. B, laquelle a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A D, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui a reçu, par un arrêté n°2023-039 du 25 mai 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le 30 mai 2023, une délégation à cette fin en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, d'une part, il résulte des dispositions du titre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision attaquée. D'autre part, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense, lequel implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu, préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement contestée, par les services de police le 5 septembre 2023 sur sa situation administrative et sur la perspective de son éloignement et qu'il a été mis à même de faire valoir les éléments concernant sa situation. Le requérant ne fait pas état, dans le cadre de l'instance, d'informations concernant sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant l'adoption de la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées alors, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit d'être entendu.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
6. La décision attaquée comporte l'énoncé des textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. B sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Si M. B soutient résider habituellement en France depuis l'année 2016, les pièces produites à l'appui de sa requête ne sont pas suffisantes pour établir la réalité de cette allégation. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 9 mars 2022 et ce dernier n'établit pas, ni même n'allègue, avoir entamé des démarches en vue de régulariser sa situation administrative en France. S'il affirme exercer une activité professionnelle en tant que livreur, il ne verse aux débats aucun élément probant à l'appui de ses dires. Par ailleurs, si M. B fait valoir qu'il vit en France auprès de son épouse et de leurs deux enfants, qui sont nés le 14 janvier 2019 et le 23 janvier 2022, il ressort des pièces du dossier que celle-ci, qui est également de nationalité algérienne, est en situation irrégulière sur le territoire français. En outre, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale de M. B se reconstitue en dehors du territoire français, le droit à une vie privée et familiale ne pouvant s'interpréter comme comportant l'obligation générale, pour un Etat, de respecter le choix, par des couples, de leur résidence commune sur son territoire. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Compte tenu de ces éléments, et notamment de la situation administrative de son épouse sur le territoire national, de ses conditions de séjour en France et de l'âge de ses deux enfants, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision contestée. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9 ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, et ce alors même qu'il n'aurait jamais troublé l'ordre public et qu'il maîtriserait la langue française.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire comporte les considérations de fait et de droit sur laquelle elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont cette décision serait entachée doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
13. Il ressort de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions précitées des 1° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant. Or, d'une part, M. B n'établit pas, ni même n'allègue, être entré régulièrement sur le territoire français et avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, le requérant a déclaré, lors de son audition par les services de police le 5 septembre 2023, qu'il n'avait pas l'intention de se conformer à la mesure d'éloignement édictée à son encontre. Dans ces conditions, alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et qu'il disposerait d'un passeport en cours de validité et d'un justificatif de domicile, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 ci-dessus que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise sur le fondement d'une mesure d'éloignement illégale.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
16. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de fait et de droit sur laquelle elle est fondée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont cette décision serait entachée doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
18. La décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai n'étant pas entachée d'illégalité, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise sur le fondement d'une décision illégale.
19. En dernier lieu, le préfet des Hauts-de-Seine a, après avoir relevé que M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il ne dispose pas de fortes attaches familiales sur le territoire français, qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 9 mars 2022 à laquelle il ne s'est pas conformé, fixé à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Pour contester cette mesure, le requérant fait état de sa durée de présence sur le territoire français et de sa situation familiale et soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Cependant, comme cela a été dit au point 9 ci-dessus, il n'établit pas résider habituellement en France depuis l'année 2016 et son épouse est dans la même situation administrative que lui. Ainsi, M. B n'est pas fondé, alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant trois ans méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Copie du jugement sera adressée au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
La magistrate désignée,
S. MARZOUGLa greffière,
R. BOUDINA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024