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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321145

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321145

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321145
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantLAPEYRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Lapeyrere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

4°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué jusqu'à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à la notification d'une ordonnance de la Cour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Lapeyrere en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à lui verser directement en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Marzoug.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une première demande d'asile le 26 août 2021 après avoir donné naissance à un enfant, M. C A, né en France le 4 juin 2021. Cette demande a été rejetée par une décision du 30 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par une décision du 31 octobre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. La décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile est réputée l'être à l'égard de Mme A et de son enfant mineur. La requérante a présenté, le 25 mai 2023, une demande de réexamen de sa demande d'asile, en son nom et en celui de son enfant mineur, M. C A. Ces deux demandes de réexamen ont été rejetées deux décisions d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises le 9 juin 2023. Mme A a formé un recours à l'encontre de ces deux décisions devant la Cour nationale du droit d'asile, qui n'a pas encore statué sur ces recours. Par un arrêté du 18 août 2023, le préfet de police a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme A.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542- 2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé " TelemOfpra " produit par le préfet de police en défense et qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que, par une décision d'irrecevabilité en date du 9 juin 2023, notifiée le 14 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen de sa demande d'asile présentée par Mme A. Ainsi, le droit au maintien sur le territoire français de Mme A a pris fin dès que l'Office a pris cette décision d'irrecevabilité conformément aux dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet de police a légalement pu, sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider, par l'arrêté attaqué, de faire obligation à Mme A de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Si Mme A, dont la demande de réexamen a été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, fait valoir qu'elle réside en France avec son fils mineur, M. C A, qui est né en France le

4 juin 2021 et dont le recours introduit contre la décision portant rejet de la demande de réexamen de sa demande d'asile n'a pas encore été jugé par la Cour nationale du doit d'asile, l'arrêté attaqué ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale de Mme A se reconstitue en dehors du territoire français, le droit à une vie privée et familiale ne pouvant s'interpréter comme comportant l'obligation générale, pour un Etat, de respecter le choix, par un individu, de sa résidence sur son territoire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante n'aurait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Compte tenu de ces éléments, et notamment des conditions de séjour en France de la requérante et de l'âge de son enfant, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par l'arrêté contesté. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si Mme A soutient qu'elle risque de subir des persécutions dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle et de sa situation de mère d'un enfant né hors mariage, elle ne fournit aucun élément à l'appui de ses allégations permettant d'établir la réalité des risques personnels et actuels auxquels elle serait exposée en cas de retour en Côte d'Ivoire. En outre, comme cela a déjà dit, la demande d'asile initiale de l'intéressée a été définitivement rejetée et sa demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. D'une part, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de son enfant mineur, M. C A, qui est âgé de 2 ans. D'autre part, le droit au maintien sur le territoire français de M. C A a, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris fin dès que l'Office a pris la décision du 9 juin 2023 d'irrecevabilité de sa demande de réexamen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 8, 10 et 12 ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les conclusions à fin de suspension :

15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 752-11 du même code, le magistrat désigné " () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

16. Mme A ne présente aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours déposé devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 juin 2023.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et de suspension présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lapeyrere et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La magistrate désignée,

S. MARZOUGLa greffière,

R. BOUDINA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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