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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321277

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321277

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321277
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 septembre 2023 et le 6 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Weiss, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le préfet de police n'étant ni présent ni représenté :

- le rapport de Mme Marzoug ;

- et les observations de Me Weiss, représentant M. A, assisté d'un interprète, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant américain né le 18 janvier 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des textes dont elle fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé très récemment en France, en novembre 2022, et qu'il n'a entrepris aucune démarche pour obtenir un titre de séjour. S'il soutient avoir entamé une relation amoureuse avec une ressortissante française, il ne produit, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation. Par ailleurs, le requérant, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, n'établit pas qu'il n'aurait pas d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de police n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise en dépit de la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle sur le territoire français depuis le mois de février 2023. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5 ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, alors même qu'il est titulaire sur le territoire français d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er février 2023.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

7. En premier lieu, la décision, qui mentionne la nationalité américaine de M. A et indique notamment qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

8. En second lieu, le requérant, qui affirme qu'il souffrirait économiquement et affectivement en cas de renvoi dans son pays d'origine, soutient que le préfet de police n'a pas examiné les conséquences de la décision par laquelle il a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé avant de fixer le pays de destination contesté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La magistrate désignée,

S. MARZOUGLa greffière,

R. BOUDINA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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