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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321605

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321605

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321605
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 septembre 2023 et le 26 janvier 2024, M. F B, représenté par Me Tran, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou tout autre préfet compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou tout autre préfet compétent, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la

loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, son conseil renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle,

- les observations de Me Tran, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise qu'il n'a pas été entendu sur ses craintes de persécutions par les services préfectoraux, qui ne l'ont pas interrogé dessus, ni par la Cour nationale du droit d'asile, qui a rejeté son recours par ordonnance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 10 mai 1992 et entré en France en 2021, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 13 avril 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), contre laquelle il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile qui l'a rejeté par une ordonnance du 11 août 2022, notifiée le 18 août suivant. Par un arrêté du 15 septembre 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Si le nom patronymique du signataire de la décision litigieuse est précédé de la seule initiale de son prénom, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que son auteur peut être identifié sans ambiguïté.

4. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que ce dernier a été signé par Mme A, dont le nom est suffisamment lisible et précédé de l'initiale de son prénom ainsi que de sa qualité, permettant d'identifier son signataire sans ambiguïté. D'autre part, il ressort des pièces du dossier par un arrêté n° 2023-059 du 14 septembre 2023 régulièrement publié au numéro spécial du recueil des actes administratifs du 15 septembre 2023 de la préfecture, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme D A, chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture pour signer dans la limite de ses attributions les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que celle-ci n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés du vice de forme et de l'incompétence doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose de manière suffisante les circonstances de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle est exigée par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal de police du 15 septembre 2023 que M. B a été invité à présenter ses observations sur la perspective d'une mesure d'éloignement préalablement à l'édiction de celle-ci, et a notamment pu exposer qu'il avait des craintes de persécutions dans son pays en raison de problèmes politiques mettant en jeu son père. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

8. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de police du 15 septembre 2023, que M. B a déclaré être entré en France au mois de septembre 2021, soit il y a deux ans à la date de l'arrêté, et qu'il a des liens familiaux au Bangladesh tout en en étant dépourvu en France où il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision comporte les circonstances de droit et de fait qui en constitue le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

14. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes, par ailleurs, du premier paragraphe de l'article 2 de la même convention : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ".

15. Si M. B, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée, allègue qu'il est exposé à un risque pour sa vie ou sécurité en cas de retour au Bangladesh, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Dès lors, et quand bien même son recours devant la Cour nationale du droit d'asile a été rejeté par ordonnance sans qu'il soit entendu préalablement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations des articles 2 ou 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". En vertu, enfin, de l'article L. 613-2 de ce code, les décisions d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 doivent être motivées.

17. En premier lieu, l'arrêté vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et mentionne qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par ailleurs, il expose que l'intéressé est présent sur le territoire national depuis 2021, et qu'il n'y fait pas état de fortes attaches. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

18. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation en interdisant le retour de M. B sur le territoire français pour une durée d'un an.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Tran.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

H. Delesalle

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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