vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323150 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | MARTIN-PIGEON |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 6 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. A, enregistrée au greffe de ce tribunal le 6 octobre 2023.
Par cette requête, M. A, représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen dès lors qu'il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 29 juillet 2023 ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- les décisions attaquées portent atteinte aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Martin-Pigeon, représentant M. A, assisté de Mme C, interprète en langue bengali ;
- le préfet de la Seine Saint Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. A a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 16 novembre 2023, qui a été communiqué.
Par une ordonnance du 21 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais, né le 1er mars 1983, est entré en France le 10 avril 2013 selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. A justifie avoir déposé auprès de la préfecture de police une demande d'admission exceptionnelle au séjour dès lors qu'il soutient résider en France depuis au moins
dix ans, le 29 juillet 2023, demande réceptionnée par la préfecture le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait statué sur cette demande avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Le préfet de la Seine-Saint-Denis ne fait nullement état de cette demande dans son arrêté du 3 octobre 2023, pas plus qu'il n'indique les motifs pour lesquels M. A ne pourrait être admis à séjourner en France au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle avant de prendre l'arrêté attaqué.
3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 3 octobre 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
5. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique seulement, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder au réexamen de la situation de M. A et, dans l'attente, que celui-ci soit muni d'une autorisation provisoire de séjour. Il ne résulte pas de ces dispositions que cette autorisation provisoire de séjour soit assortie d'une autorisation de travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 3 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La magistrate désignée,
A. Perrin
La greffière,
D. PermalnaickLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2323150/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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