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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323607

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323607

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323607
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 16 octobre 2023, M. B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées dès lors qu'il est locataire d'un appartement situé dans le 18ème arrondissement de Paris et qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'absence de matérialité de menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;

- les observations de Me Diallo, représentant M. B, absent ;

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien, né le 1er janvier 2001, a fait l'objet d'un arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit fait d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". En outre, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment de que M. B est entré en France dépourvu d'un document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, la décision indique que l'intéressé se déclare célibataire sans enfant à charge et qu'il n'est donc pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. En outre, pour refuser au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de police a indiqué que M. B a été signalé par les services de police le 12 octobre 2023 pour participation à une manifestation interdite, participation à un groupement en vue de commettre des violences et/ou des dégradations et participation à un attroupement malgré sommations de se disperser et que ces faits constituent une menace pour l'ordre public.

5. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble des critères énoncés au point 3. Le préfet a indiqué que M. B représente une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 12 octobre 2023 pour participation à une manifestation interdite, qu'il allègue être entré sur le territoire français en février 2022, et ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés en France, étant constaté qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, la décision litigieuse portant interdiction de retour sur le territoire français atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent.

6. Au demeurant, s'il soutient qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et qu'il est locataire d'un appartement à Paris, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. B soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire sans enfant à charge. Il s'ensuit que le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, si M. B fait valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il soutient ne pas avoir participé à la manifestation interdite par la préfecture de police le 12 octobre 2023, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition du même jour par les services de police, que M. B se trouvait à 20h05 le 12 octobre 2023 à proximité d'une manifestation interdite place de la République et que ses déclarations lors de son audition ne permettent pas d'établir qu'il ne participait pas à cette manifestation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation concernant la menace qu'il constitue pour l'ordre public ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

A. Perrin

La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2323607/8

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