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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323623

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323623

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET WAN AVOCATS (AARPI)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme B, résidente fiscale française, qui contestait la qualification de ses revenus perçus de la société italienne Prada S.P.A. en 2015 et 2016. L'administration fiscale avait catégorisé ces revenus comme des bénéfices non-commerciaux relevant de l'article 17 de la convention fiscale franco-italienne (artistes et sportifs), tandis que la requérante soutenait qu'il s'agissait de salaires au sens de l'article 15 de cette même convention, ouvrant droit à un crédit d'impôt plus favorable. Le tribunal a constaté que les conclusions relatives à l'année 2016 étaient devenues sans objet, l'administration ayant renoncé à intégrer le revenu correspondant dans le revenu imposable de Mme B. S'agissant de l'année 2015, le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens de la requérante n'étaient pas fondés, sans préciser la qualification retenue. La solution s'appuie sur la convention fiscale franco-italienne du 5 octobre 1989 et le code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 octobre 2023 et 24 juillet 2025, Mme A B, représentée par Me Oliel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le service a catégorisé comme bénéfices non-commerciaux au sein du droit interne et comme revenus d'artistes et sportifs au sens de l'article 17 de la convention fiscale franco-italienne les revenus qu'elle a tirés de son contrat avec la société italienne Prada S.P.A. en 2015 et 2016, alors qu'il s'agit de revenus appartenant à la catégorie " traitements et salaires " qui doivent bénéficier des stipulations de l'article 24.1 de cette même convention en tant que salaire, lui permettant de bénéficier d'un crédit d'impôt égal au montant de l'impôt français ;

- il n'y a pas eu de double déduction de ses revenus italiens versés par la société Prada en 2016, contrairement à ce qu'indique l'administration alors au demeurant qu'elle a été imposée en Italie sur ces revenus.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril 2024 et 5 août 2025, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

S'agissant de l'impôt sur le revenu :

- les conclusions de la requérante relative à l'année 2016 sont sans objet dès lors que le revenu de 292 500 euros versé par la société Prada n'a pas été intégré, au terme d'une rectification, au revenu brut global de Mme B pour l'année 2016 ;

- s'agissant de l'année 2015, les moyens de la requérante ne se sont pas fondés ;

- en tout état de cause et à supposer que les revenus d'origine italienne perçus en 2015 par Mme B soient regardés comme des salaires au sens de l'article 15 de la convention fiscale franco-italienne, ils auraient alors dû faire l'objet d'une imposition exclusive en France ;

S'agissant des prélèvements sociaux :

- ses conclusions pour l'année 2015 sont sans objet, dès lors qu'un dégrèvement à hauteur de 149 987 euros au titre des prélèvements sociaux pour 2015 a été accordé à Mme B, pour tenir compte d'une erreur déclarative de cette dernière, ramenant son taux de prélèvement de 15,5 % à 8 % ;

- ses conclusions pour l'année 2016 sont également sans objet dès lors Mme B ne s'est vu opposer aucun rehaussement de ses prélèvements sociaux pour cette année.

Un mémoire, enregistré le 10 août 2025, a été présenté pour Mme B et n'a pas été communiqué.

Par une ordonnance du 30 juillet 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention signée le 5 octobre 1989 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,

- et les observations de Me Oliel, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a signé le 28 mars 2014 un contrat en tant qu'égérie pour les marques de la société italienne Prada SPA, pour lequel elle a été rémunérée en 2015 à hauteur de 877 500 euros et en 2016 à hauteur de 292 500 euros. Ces rémunérations ont, d'une part, donné lieu à une retenue à la source de l'administration fiscale italienne à hauteur de 5 % de leurs montants et, d'autre part, ont été déclarées en France au titre de l'impôt sur le revenu en bénéfice non-commercial par l'intéressée, résidente fiscale française. Pour l'année 2016 uniquement et conformément à ses déclarations, Mme B a bénéficié d'un crédit d'impôt égal au montant de l'impôt français, soit la somme de 130 332 euros. A compter du 9 juin 2017, Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2014 à 2016, ainsi qu'à une vérification de comptabilité de son activité professionnelle. Aux termes des propositions de rectification des 30 mai 2018 et 20 septembre 2018, le service a confirmé que les revenus tirés par Mme B de ce contrat appartenaient à la catégorie des bénéfices non-commerciaux, mais a estimé qu'ils devaient être regardés comme des revenus d'artiste au sens de l'article 17 de la convention fiscale franco-italienne et qu'en conséquence ils entraient dans le revenu imposable de Mme B ouvrant droit à un crédit d'impôt seulement égal au montant de l'impôt payé à l'administration fiscale italienne. Le 29 juin 2021, Par une réclamation fiscale du 26 décembre 2022, qui a été implicitement rejetée, Mme B a contesté les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux relatives à ses rémunérations de source étrangère pour les années 2015 et 2016. Par la présente requête, elle demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016.

Sur les conclusions relatives à l'impôt sur le revenu :

En ce qui concerne l'année 2015 :

2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une convention fiscale, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

3. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 7121-3 du code du travail : " Tout contrat par lequel une personne s'assure, moyennant rémunération, le concours d'un artiste du spectacle en vue de sa production, est présumé être un contrat de travail dès lors que cet artiste n'exerce pas l'activité qui fait l'objet de ce contrat dans des conditions impliquant son inscription au registre du commerce. ", et aux termes de l'article L. 7121-4 du même code : "La présomption de l'existence d'un contrat de travail subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération, ainsi que la qualification donnée au contrat par les parties. Cette présomption subsiste même s'il est prouvé que l'artiste conserve la liberté d'expression de son art, qu'il est propriétaire de tout ou partie du matériel utilisé ou qu'il emploie lui-même une ou plusieurs personnes pour le seconder, dès lors qu'il participe personnellement au spectacle. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 7123-3 du code du travail : " Tout contrat par lequel une personne s'assure, moyennant rémunération, le concours d'un mannequin est présumé être un contrat de travail ". L'article L. 7123-4 de ce code prévoit : " La présomption de l'existence d'un contrat de travail subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération ainsi que la qualification donnée au contrat par les parties ". Selon l'article L. 7123-6 de ce code : " La rémunération due au mannequin à l'occasion de la vente ou de l'exploitation de l'enregistrement de sa présentation par l'employeur ou tout autre utilisateur n'est pas considérée comme salaire dès que la présence physique du mannequin n'est plus requise pour exploiter cet enregistrement et que cette rémunération n'est pas fonction du salaire reçu pour la production de sa présentation, mais est fonction du produit de la vente ou de l'exploitation de l'enregistrement "

5. Il résulte de l'instruction que Mme B, exerçant la profession d'actrice, a perçu des revenus au titre de l'année 2015 dans le cadre du contrat mentionné au point 1, prévoyant la promotion des marques de la société Prada lors de sa participation personnelle à des événements liés au cinéma, ainsi que l'autorisation, pour cette marque, d'exploiter son nom et son image et fixant en échange une rémunération forfaitaire versée à l'intéressée. Compte tenu des caractéristiques de cette prestation, qui est de nature à révéler l'existence d'un contrat de travail, ces revenus auraient dû être déclarés par Mme B et imposés par l'administration fiscale française non dans la catégorie des bénéfices non-commerciaux, mais dans la catégorie des traitements et salaires, sans qu'ait d'incidence la circonstance que les prestations aient été réalisées par Mme B en tant qu'artiste-interprète ou en tant que mannequin.

6. Toutefois et en deuxième lieu, le 1 de l'article 17 de la convention franco-italienne précitée stipule que : " Nonobstant les dispositions des articles 14 et 15, les revenus qu'un résident d'un Etat tire de ses activités personnelles exercées dans l'autre Etat en tant qu'artiste du spectacle, tel qu'un artiste de théâtre, de cinéma, de la radio ou de la télévision, ou qu'un musicien, ou en tant que sportif, sont imposables dans cet autre Etat. / Lorsqu'un artiste ou un sportif, résident d'un Etat, tire de l'autre Etat des revenus correspondant à des prestations non indépendantes de sa notoriété professionnelle, ces revenus sont imposables dans cet autre Etat ".

7. Mme B soutient qu'étant un salaire au sens du droit interne, la rémunération qu'elle a perçue en 2015 de la société Prada doit être regardée comme un salaire au sens des stipulations de l'article 15 de la convention franco-italienne précitées. Il résulte néanmoins de l'instruction et en particulier des termes du contrat signé avec l'intéressée que la société Prada l'a embauchée en raison de sa notoriété comme actrice ayant une carrière internationale et que l'objet même du contrat visait la mise en avant par Mme B des produits de la maison de couture lors d'événements publics liés au cinéma tels que des cérémonies de remise de prix ou des festivals n'ayant pas lieu en Italie. Dès lors, les revenus tirés de ce contrat doivent être regardés comme correspondant à des prestations non indépendantes de la notoriété professionnelle de la requérante, conformément au cas de figure particulier prévu par le 2ème alinéa du 1 de l'article 17 de la convention franco-italienne cité au point 6. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale française a considéré les rémunérations de la maison Prada versées à Mme B comme des revenus d'artiste au sens de l'article 17 de la convention fiscale précitée, sans qu'ait aucune incidence sur cette qualification la circonstance que ces sommes soient imposées comme des salaires au sens du droit interne.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article 24 de la convention fiscale franco-italienne : " La double imposition est évitée de la manière suivante : / 1. Dans le cas de la France : () a) Les bénéfices et autres revenus positifs qui proviennent d'Italie et qui y sont imposables conformément aux dispositions de la Convention, sont également imposables en France lorsqu'ils reviennent à un résident de France. L'impôt italien n'est pas déductible pour le calcul du revenu imposable en France. Mais le bénéficiaire a droit à un crédit d'impôt imputable sur l'impôt français dans la base duquel ces revenus sont compris. Ce crédit d'impôt est égal : pour les revenus visés aux articles 10, 11, 12, 16 et 17 et au paragraphe 8 du Protocole annexé à la Convention au montant de l'impôt payé en Italie, conformément aux dispositions de ces articles ".

9. En application de ces dispositions et stipulations, les revenus d'artiste que Mme B a tirés en 2015 de sa relation contractuelle avec la maison Prada, qui devaient faire l'objet d'une déclaration en France dans la catégorie des traitements et salaires, lui ouvraient droit, en vue d'éviter la double imposition, à un crédit d'impôt égal au montant de l'impôt dont elle s'était déjà acquittée en Italie sur ces mêmes sommes. C'est donc à bon droit que l'administration lui a refusé le bénéfice d'un crédit d'impôt équivalent au montant de l'impôt payé en France.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B, en tant qu'elles portent sur la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015, doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'année 2016 :

11. Il résulte de l'instruction que Mme B avait initialement déclaré à deux reprises la somme de 292 500 euros versée par la société Prada en 2016 déclarant un montant brut imposable de 4 560 258 euros. Il résulte de cette même instruction qu'elle a déposé une déclaration rectificative le 30 août 2017 pour effacer les conséquences de son erreur réduisant son revenu brut imposable de 292 500 euros, le ramenant donc à la somme de 4 267 758 euros. L'administration fait valoir, sans être contredite, que le service a toutefois, à l'occasion de l'examen de situation de Mme B, à nouveau soustrait cette somme du revenu brut de l'intéressée, ramenant ce revenu après contrôle à la somme de 3 989 468 euros, incluant également un rehaussement de 14 210 euros, dans l'objectif de neutraliser les effets de la double déclaration erronée initiale de Mme B. Dès lors, aucune cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu ou de prélèvements sociaux n'a pu être mise à la charge de Mme B en raison du revenu qu'elle a tiré de son contrat avec la société Prada dès lors que ces revenus n'étaient pas inclus, pour l'année 2016 et en dernière instance, dans son revenu brut imposable. En outre, Mme B ne conteste aucun des autres aspects de la rectification fiscale dont elle a fait l'objet pour cette année 2016. Par suite et comme le fait valoir la défense, il y a lieu de rejeter comme dépourvues d'objet les conclusions de Mme B en tant qu'elles portent sur la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016.

Sur les conclusions relatives aux prélèvements sociaux :

12. D'une part, si Mme B conteste la rectification apportée sur les prélèvements sociaux dont elle s'est acquittée en 2015 pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 2 à 9 du présent jugement, l'administration fiscale fait valoir, en tout état de cause et sans être contredite, que le traitement fiscal réservé au titre de l'impôt sur le revenu aux revenus italiens de Mme B est sans incidence sur le montant de ses prélèvements sociaux, ajoutant que Mme B a bénéficié d'un dégrèvement de ses prélèvements sociaux au titre de l'année 2015, son taux d'imposition ayant été ramené de 15,5 % à 8 %.

13. D'autre part, l'administration fait valoir sans davantage être contredite qu'aucun rehaussement de prélèvements sociaux n'a été mis à la charge de Mme B pour l'année 2016.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense tenant à l'irrecevabilité des conclusions de Mme B relatives aux prélèvements sociaux pour les années 2015 et 2016 en l'absence de tout rehaussement de droits doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, l'État n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

16. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article R. 761-1 du même code ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Monteagle, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.

La rapporteure,

Signé

M. MonteagleLe président,

Signé

J.-C. Truilhé

La greffière,

Signé

S. Rubiralta

La République mande et ordonne au ministre chargé des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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