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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323793

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323793

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323793
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCABINET SPHERANCE (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 octobre et 22 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Visscher, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste (sic) dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Visscher, représentant M. B.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 15 octobre 2023, le préfet du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/00432 du 3 février 2023, le préfet du Val-de-Marne a donné à Mme D C, sous-préfet de l'Hay-les-Roses, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Val-de-Marne n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2008 et de son expérience professionnelle depuis au moins 2015. Il produit, à l'appui de sa demande des bulletins de paie, pour la période du 1er septembre 2015 au 31 mars 2016, pour un emploi d'agent de sécurité pour un salaire équivalant à la moitié du SMIC. Il produit également des bulletins de paie, pour la période du 23 juillet 2015 au 31 août 2015, puis du 8 août 2016 au 31 décembre 2016, pour un emploi de serveur lui procurant des revenus équivalant environ aux deux tiers du SMIC. Pour l'année 2017, il produit des bulletins de paie pour la période de janvier à mars 2017 puis août à décembre 2017, pour un emploi de serveur lui procurant des revenus équivalant en moyenne à la moitié du SMIC. Pour l'année 2018, il produit des bulletins de paie, pour la période de janvier à avril 2018, pour un emploi de serveur lui procurant des revenus équivalant en moyenne à la moitié du SMIC. Il produit également des bulletins de paie pour la période de mai à août 2018 pour un poste d'employé polyvalent au sein de la société " M. E et Service " et lui procurant des revenus équivalant en moyenne à la moitié du SMIC. Pour l'année 2019, il produit des bulletins de paie pour la période du 20 mars 2019 au 30 avril 2020, pour un poste de salarié polyvalent au sein de la société " Washington Blues - Royal Jet Set " et lui procurant des revenus équivalant en moyenne au SMIC. Il produit également de nombreuses pièces, variées et probantes, permettant d'établir sa présence sur le territoire français, depuis au moins 2009 ainsi qu'une activité bénévole au sein de l'association " Aurore ". Toutefois, M. B n'exerce pas d'activité professionnelle depuis le mois d'avril 2020 et sa durée de présence sur le sol français ne lui ouvre en elle-même aucun droit au séjour. Il est célibataire, sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident ses parents et cinq de ses frères et sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Ensuite, le requérant a fait l'objet d'un refus de titre de séjour suivi d'une première obligation de quitter le territoire qu'il n'a ni contesté ni exécuté. Enfin, il a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire en date du 7 décembre 2021 qu'il a cette fois contesté devant le tribunal de céans qui a rejeté son recours en juillet 2022. Enfin M. B soutient que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il s'était soustrait à cette mesure d'éloignement car il a fait appel de ce jugement. Toutefois, l'appel n'est pas suspensif et le requérant ne justifie pas avoir déposé une demande de référé suspension contre l'arrêté du 7 décembre 2021. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet du Val-de-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ou du refus de lui accorder un délai de départ volontaire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire. Enfin, il n'a pas plus méconnu les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, celle refusant de lui délivrer un délai de départ volontaire et celle portant interdiction de retour sur le territoire doivent être écartée.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2023 du préfet du Val-de-Marne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées par son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière,

R. Boudina

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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