mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2323873 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DOREAN AVOCATS (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, la société Submart, représentée par Me Bernardini demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours indemnitaire préalable du 3 juillet 2023 ;
2°) de condamner la Compagnie parisienne de chauffage urbain à lui verser la somme de 33 085,09 euros ;
3°) de mettre à la charge de la Compagnie parisienne de chauffage urbain la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité sans faute de la compagnie parisienne de chauffage urbain est engagée pour dommages permanents de travaux publics ; l'exposante justifie du caractère anormal et spécial de son préjudice ; le lien de causalité est également établi, le préjudice anormal et spécial subi trouvant directement sa cause dans la réalisation des travaux à l'initiative de la compagnie parisienne de chauffage urbain ;
- le préjudice lié à la perte de son chiffre d'affaires, à hauteur de 45 726 euros est établi ;
- la perte totale de marge sur consommation de matière est de 32 008,20 euros ; la somme de 1 076,89 euros au titre du droit de voirie doit être réintégrée au préjudice.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, la Compagnie parisienne de chauffage urbain, représentée par Me Pintat conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Submart d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que sa condamnation aux entiers dépens.
Elle soutient que les conditions d'engagement de sa responsabilité ne sont pas réunies en l'absence de lien de causalité et faute de préjudice anormal et spécial et de sujétions anormales induites par les travaux.
Par ordonnance du 10 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;
- les conclusions de M. Gandolfi, rapporteur public ;
- les observations de Me Derrien représentant la Compagnie parisienne de chauffage urbain.
Considérant ce qui suit :
1. La société Submart exploite depuis 2019 un restaurant " Partage-Brasserie " situé 79 rue Didot à Paris (14ème arrondissement). Elle a été autorisée à occuper le domaine public pour y installer une terrasse. Du 17 octobre 2022 au 2 décembre 2022, puis du 16 janvier 2023 au 17 mars 2023, la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), en charge du service public de distribution de chaleur de la ville de Paris a entrepris des travaux de rénovation de son réseau de chauffage urbain enterré sous la rue Didot. Les travaux ont été interrompus du 2 décembre 2022 au 16 janvier 2023. La société Submart, tiers par rapport aux travaux entrepris, a sollicité, par lettre datée du 3 juillet 2023 adressée à la CPCU, l'indemnisation des préjudices qu'elles estime avoir subis du fait de ces travaux de voirie. Sa demande ayant été implicitement rejetée, elle a sollicité la condamnation de la CPCU à lui verser la somme de 33 085,09 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. La responsabilité du maître de l'ouvrage est engagée, même sans faute, à raison des dommages que l'ouvrage public dont il a la garde peut causer aux tiers. Il appartient toutefois au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.
3. Il résulte de l'instruction que les travaux de rénovation entrepris par la CPCU du 17 octobre 2022 au 2 décembre 2022, puis du 16 janvier 2023 au 17 mars 2023, sur son réseau de chauffage urbain, devant le restaurant " Partage-Brasserie " 79 rue Didot, ont eu notamment pour effet d'interdire le stationnement des véhicules sur l'emplacement réservé aux opérations de livraisons entre le n°79 et le n°81 et ont également compromis l'utilisation par la société Submart de la terrasse ouverte pour laquelle elle s'acquittait d'un droit de voirie.
4. Si ces travaux ont pu occasionner une gêne pour l'activité commerciale de la société, en raison notamment des conditions d'accès rendues plus difficiles, ainsi que des nuisances sonores et visuelles et de l'impossibilité d'utiliser sa terrasse ouverte, l'accès à l'entrée du restaurant, lequel est demeuré visible, n'a cependant jamais été interdit ni rendu excessivement difficile pendant cette période, une voie pour piéton certes plus exiguë ayant été maintenue sur le trottoir le long du restaurant et la circulation n'ayant jamais été coupée.
5. Si la société requérante fait valoir que le chiffre d'affaires du restaurant a été particulièrement impacté par l'impossibilité d'exploiter la terrasse pendant les mois d'octobre 2022 à décembre 2022 et février 2023 à mars 2023, chiffrant sa perte de marge sur consommation de matière à 32 008,20 euros, les éléments comptables qu'elle produit ne permettent pas d'établir qu'elle aurait subi, au-delà des aléas normaux du commerce, un préjudice grave. Outre qu'à l'exception du mois d'octobre 2022 où le chiffre d'affaires a baissé de 35% par rapport à octobre 2021, les pertes constatées sur les mois de novembre 2022 à mars 2023 sont faibles, voire minimes, la comparaison mensuelle de la seule période concernée par les travaux n'est pas représentative, à défaut pour la requérante de fournir des éléments permettant d'apprécier la situation du restaurant dans les mois précédant et suivant les travaux. Seule une comparaison de chiffre d'affaires annuels aurait permis d'apprécier l'existence ou non d'une perte réelle. Par ailleurs, il n'est pas davantage précisé dans le chiffre d'affaires la part correspondant aux consommations prises sur la terrasse et celles des ventes faites en salle de telle sorte qu'il n'est pas démontré que la perte de chiffre d'affaires invoquée serait directement liée à la fermeture de la terrasse. Par suite, l'impossibilité d'exploiter la terrasse en vertu de l'autorisation d'occuper le domaine public délivrée par la ville de Paris, par nature précaire et révocable, ne pouvait dans ses conditions, qui n'excèdent pas les sujétions normales que doivent normalement supporter les riverains des voies publiques faisant l'objet de travaux réalisés dans un but d'intérêt général, ouvrir droit à indemnisation.
6. Il résulte de tout ce que précède que les conclusions de la société Submart tendant à la condamnation de la Compagnie parisienne de chauffage urbain à lui verser la somme de 32 008,20 euros au titre de la perte de son chiffre d'affaires et à 1 076,89 euros correspondant à six mois de redevance d'occupation du domaine public doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Compagnie parisienne de chauffage urbain, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Submart demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Submart le versement à la Compagnie parisienne de chauffage urbain la somme qu'elle demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Submart est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Compagnie parisienne de chauffage urbain présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Submart et à la Compagnie parisienne de chauffage urbain.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
Mme Kanté, première conseillère,
Mme Rivet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
C. KantéLe président,
J-P Ladreyt
La greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2309888
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'un titre de séjour opposée à une ressortissante bangladaise. Le juge a constaté que le préfet de police, mis en demeure, n'avait produit aucune défense et était donc réputé avoir acquiescé aux faits de la requérante, notamment sa présence continue en France depuis 2009 et la régularisation de son conjoint. La décision a été annulée pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration n'ayant pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407314
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant camerounais, père d'un enfant français. La juridiction a estimé que la décision administrative, fondée sur une menace à l'ordre public, méconnaissait l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, en portant atteinte à sa vie familiale en France. Le tribunal a ainsi fait prévaloir la protection de la vie familiale sur les considérations d'ordre public dans ce cas d'espèce.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317783
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une révocation et une radiation des cadres d'un capitaine de police pour vice de procédure disciplinaire. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (5e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était entachée d'un vice substantiel, car l'agent n'a pas disposé d'un délai suffisant pour consulter son dossier (reçu seulement la veille de l'audience du conseil de discipline, malgré sa demande antérieure et l'importance du dossier). Cette méconnaissance des droits de la défense entraîne l'annulation de l'arrêté de révocation attaqué. **Textes appliqués** : Article L. 532-4 du code général de la fonction publique et article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984, qui garantissent le droit à la communication intégrale du dossier dans un délai permettant une défense effective.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2315697
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler sa déclaration d'élimination au concours externe du CAPES d'anglais 2023. La juridiction juge irrecevable le recours, considérant que la délibération du jury sur l'admissibilité n'est pas détachable de sa décision finale. Elle refuse également la condamnation de l'État aux frais de procédure, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
27/03/2026