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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323970

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323970

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323970
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 octobre et 30 novembre 2023, M. C E, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire, lui a refusé le bénéfice du délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent d'examiner à nouveau sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans sa globalité :

- le signataire de cet arrêté n'était pas compétent à cette fin dès lors que sa délégation de signature n'est valable qu'en cas d'absence ou d'empêchement d'autres agents de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui n'a pas été établie ; l'arrêté de délégation produit en défense n'est, en outre, pas revêtu de la signature du préfet des Hauts-de-Seine ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance du droit à être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle repose notamment sur un motif erroné tiré de ce qu'il serait entré irrégulièrement en France alors qu'étant de nationalité péruvienne il était exempté de l'obligation de détenir un visa pour entrer sur le territoire d'un Etat-membre de l'Union européenne en vertu des stipulations de l'accord 12097/15 signé à Bruxelles le 20 octobre 2015 entre l'Union européenne et la République du Pérou ; les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au visa desquelles a été prise la décision attaquée ne sont pas applicables à sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit, la menace qu'il représenterait pour l'ordre public n'étant pas avérée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête de M. E n'appelle aucune observation de sa part.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision (UE) 2016/437 du Conseil du 10 mars 2016 concernant la signature, au nom de l'Union européenne, et l'application provisoire de l'accord entre l'Union européenne et la République du Pérou relatif à l'exemption de visa de court séjour ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Ben Gadi, substituant Me Semak, représentant M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant péruvien né le 27 janvier 1993, entré en France en 2019 selon ses déclarations, a été placé en garde à vue le 16 octobre 2023 pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, chantage et violence sur conjoint. Par un arrêté du 17 octobre suivant, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire, lui a refusé le bénéfice du délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux actes réglementaires en vertu de l'article L. 200-1 de ce code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Un arrêté portant délégation de signature a un caractère réglementaire.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, adjoint à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2023-059 du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du 15 septembre suivant, pour signer l'ensemble des décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement des agents le précédant dans l'ordre des délégataires. Toutefois, ainsi que le fait valoir M. E, cet arrêté ne comporte aucune signature et le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas produit l'exemplaire signé de cet arrêté de délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est illégal pour ce motif doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 17 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, d'examiner à nouveau la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. En application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Me Semak une somme de 1 000 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 17 octobre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'examiner à nouveau la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Semak la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Semak et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La magistrate désignée

B. D

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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