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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324171

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324171

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324171
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 18 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. A, enregistrée au greffe de ce tribunal le 20 octobre 2023 ;

Par cette requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 27 novembre 2023, M. A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de faire procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation, notamment médicale ;

- en raison de son état de santé et de l'absence de soins au Maroc, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;

- les observations de M. A, présent, qui indique qu'il souffre d'une maladie chronique du cœur et qu'il a besoin de l'aide quotidienne de ses deux enfants installés en France ;

- la préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente, ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 1er juillet 1965, a fait l'objet d'un arrêté du 23 septembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit fait d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment de que M. A ne peut justifier du caractère régulier de son séjour en France et qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français sans y entamer de démarche visant à régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, la décision indique que l'intéressé se déclare marié et avoir trois enfants dont la charge revient à leur mère et qu'il n'est donc pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète du Bas Rhin s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

6. En troisième lieu, si M. A fait valoir qu'il est arrivé en France depuis cinq mois à la date de la décision attaquée, que son état de santé nécessite des soins qui ne sont pas disponibles au Maroc et que résident en France des membres de sa famille, en particulier ses filles mineures et son fils majeur, sous couvert de document de circulation ou de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A qui se déclare marié avec trois enfants dont la charge revient à leur mère ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. En outre, s'il établit prendre un traitement anticoagulant par Sintrom, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait déposé une demande de titre de séjour pour raisons de santé, ni que ce traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine, le Maroc. Par ailleurs, il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu de liens dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de cinquante-huit ans. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. A, la décision attaquée de la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, et notamment médicale.

7. En quatrième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ".

8. Il résulte des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Lorsque cette interruption risque d'avoir des conséquences exceptionnelles sur la santé de l'intéressé, il appartient alors à cette autorité de démontrer qu'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays de renvoi.

9. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision attaquée en se fondant sur les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il fait valoir qu'il souffre d'une pathologie cardiaque, une cardiopathie valvulaire avec prothèse mécanique, et qu'il suit un traitement anticoagulant par Sintrom, il ne ressort pas des pièces médicales qu'il verse au dossier qu'un défaut de prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur son état de santé.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité sera écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète du Bas Rhin s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, avant de lui refuser un délai de départ volontaire.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5, 6, 7 et 8, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Bas-Rhin a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. La préfète a indiqué que

M. A a régulièrement gagné la France mais qu'il s'y maintient irrégulièrement sans avoir cherché à régulariser sa situation au regard de son droit au séjour, qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France, qu'il n'a pas fait valoir de circonstances humanitaires et que la durée d'interdiction d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par la préfète, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

17. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète du Bas Rhin s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, avant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

18. En quatrième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, si M. A soutient qu'il a en France le centre de ses intérêts, dès lors que son état de santé nécessite l'aide quotidienne de ses enfants présents en France, il ne l'établit pas. La préfète n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et médicale de M. A en prononçant, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, ni porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

D E C I D E

Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

A. Perrin

La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2324171/8

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