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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2324326

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2324326

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2324326
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 octobre et 30 novembre 2023,

M. A B, représenté par Me Ottou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice du délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels la préfète de l'Ain a fondé sa décision, en application de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans sa globalité :

- il a été pris en méconnaissance des droits de la défense ;

- il porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de cette décision disposait d'une délégation de signature ;

- cette décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen attentif de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale pour être fondée sur celle portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire n'est pas caractérisé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale pour être fondée sur celle portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- il n'est pas établi que le signataire de cette décision disposait d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur celle portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de l'Ain, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Ottou, représentant M. B, qui indique se désister de ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle soit accordée à titre provisoire à M. B et tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 22 février 1991, entré en France en 2015 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un contrôle des services de la police aux frontières de Prévessin-Moëns (Ain) le 9 octobre 2023, au cours duquel il n'a pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice du délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'affaire est en état d'être jugée et qu'il n'apparait, dès lors, pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur l'arrêté pris dans sa globalité :

3. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par M. Pierre Puyastier, secrétaire administratif de classe supérieure, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 25 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de ce qu'il est insuffisamment motivé, révélant un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, M. B soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense. Ce moyen n'est, toutefois, pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il n'a toutefois versé au dossier qu'un justificatif de domicile et un diplôme universitaire de master 2, ces éléments étant insuffisants à établir la réalité d'une vie privée et familiale en France, le requérant ne soutenant pas, par ailleurs, avoir un enfant. Dans ces conditions, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Les moyens tirés de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant refus de délai de départ volontaire.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, la préfète de l'Ain s'est fondée sur les circonstances tirées de ce que le requérant a déclaré être sans domicile propre et n'a pas engagé de démarches depuis 2019 pour régulariser sa situation administrative, s'étant maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour et ayant explicitement déclaré son intention de ne pas quitter la France. Il ressort des pièces du dossier que M. B dispose d'un logement à Paris depuis le mois d'avril 2023 à tout le moins et qu'il a été titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au

4 octobre 2019 en qualité d'étudiant en recherche d'emploi. Pour autant, et s'il n'est par ailleurs pas établi que le requérant aurait déclaré qu'il n'avait pas l'intention de quitter la France, ces éléments ne permettent pas d'établir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour en France :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Pour prendre à l'encontre de M. B une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sur le fondement des dispositions précitées de l'article

L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain s'est fondée sur les circonstances tirées de ce que le requérant, s'il réside sur le territoire français depuis environ huit ans, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas de risque pour l'ordre public, n'entretient pas de liens particuliers avec la France et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Toutefois, eu égard à la durée de la présence en France du requérant, qui y a suivi des études supérieures et obtenu un diplôme universitaire de master 2 et dispose d'un logement, celui-ci est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation et doit, par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen dirigé contre cette décision, être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Ain du 9 octobre 2023 portant interdiction à M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ottou et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La magistrate désignée

B. C

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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