mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324565 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | KHALLOUKI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 20 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Melun a transmis en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête, enregistrée le 28 septembre 2023, présentée par M. E G A F
Par cette requête, M. A F, représenté par Me Khallouki, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ainsi que son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Melun (sic) de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, le cas échéant, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la préfecture de police de Melun (sic) de lui verser une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le préfet a commis une erreur de droit en ne lui appliquant pas l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 au lieu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 421-1, L. 313-11-7 (sic) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne produit des pièces et conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 26 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. A F à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ainsi que son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. M. A F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/073 du 1er août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-2023-07-27-00046 du même jour, le préfet délégué pour l'égalité des chances, chargé de l'administration de l'Etat dans le département de Seine-et-Marne, a donné à Mme D B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, délégation afin de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Enfin, le conseil du requérant soutient que le préfet n'a pas justifié son interdiction de retour sur le territoire français au regard des conditions posées par le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ont été abrogées par l'ordonnance du 16 décembre 2020 et ne sont plus invocables. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. A F.
5. En quatrième lieu, M. A F soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit en ne lui appliquant pas l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 au lieu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, le préfet ne s'est pas fondé sur cette disposition. D'autre part et surtout, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne contient aucune disposition relative à l'éloignement des étrangers lequel est entièrement régi par le Livre VI dudit code.
6. En cinquième lieu, le requérant ne peut invoquer les dispositions des articles L. 313-14 et L. 313-11-7 (sic) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ayant été abrogées par l'ordonnance du 16 décembre 2020 et ne sont plus, et en tout état de cause, invocables.
7. M. A F ressortissant tunisien né en 1996 soutient qu'il est entré en France en juillet 2022 et exerce une activité professionnelle comme technicien fibre optique depuis avril 2023 avec un contrat à durée indéterminée, de conditions matérielles et d'une adresse stable. Enfin, il soutient qu'il est bien intégré et déclare ses revenus. Toutefois, M. A F est célibataire, sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie. Ensuite, le requérant est défavorablement connu des services de police et a été placé en garde à vue pour faux et usage de faux document administratif et conduite d'un véhicule sans permis de construire lors d'une activité salariée en totale irrégularité. Enfin, le requérant ne justifie d'aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire ni, et en tout état de cause, méconnu l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile .
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2023 du préfet de Seine-et-Marne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A F et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. Béal
La greffière,
L. Poulain
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2324565/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
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24/12/2024