mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324598 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | CAOUDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée les 25 octobre et 28 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Caoudal, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans ;
3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 2 mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts car le préfet se fonde sur la circonstance qu'elle est entrée irrégulièrement en France et qu'elle serait dépourvue de document d'identité et de garanties de représentation ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant refus de départ volontaire :
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste car le risque de soustraction n'est pas établi, par ce qu'elle justifie de solides garanties de représentation, ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et a pris une décision disproportionnée au regard de son insertion sociale ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de son signalement dans le système d'information Schengen :
- l'interdiction de retour étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale.
Le préfet des Yvelines s'est borné à produire des pièces.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal.
Eu égard au délai de présentation du mémoire de la requérante, les parties n'ont été informées qu'au cours de l'audience publique, qu'en application des dispositions des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, si le préfet de police ne pouvait prendre l'arrêté attaqué sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il pouvait prendre la même décision sur le fondement du 2° du même article.
- les observations de Me Caoudal, représentant Mme C qui ne conteste pas le bien-fondé de cette substitution.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 23 octobre 2023, le préfet des Yvelines a obligé Mme C à quitter le territoire français a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative de la requérante. Contrairement à ce qu'elle soutient, le préfet des Yvelines n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont elle entendait se prévaloir et notamment son intégration sociale et professionnelle. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet qui ne s'est pas cru en situation de compétence liée, s'est livré à un examen circonstancié de la situation de Mme C.
5. En troisième lieu, Mme C soutient que le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts car, d'une part, il se fonde sur le fait qu'elle serait dépourvue de documents d'identité et ne présenterait pas de garanties de représentations suffisantes. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci ne se fonde pas sur le fait qu'elle serait dépourvue d'un tel document mais qu'elle " ne peut justifier de la possession de documents d'identité et de voyage en cours de validité " et ne présente pas de garanties de représentations suffisantes. Et il n'est pas utilement contesté que lors de son interpellation, elle n'a pas pu produire ce document ni d'ailleurs d'autres documents relatifs à son adresse. Par suite, cette première branche du moyen doit être écarté.
6. D'autre part, elle soutient que c'est à tort que le préfet s'est fondé sur le fait qu'elle serait entrée irrégulièrement en France alors qu'elle possède un visa délivré par les autorités espagnoles. Il ressort en effet de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines a pris sa décision d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que la requérante ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'était pas titulaire d'un titre de séjour. Si Mme C justifie dans le cadre de l'instance contentieuse qu'un visa lui a effectivement été délivré par les autorités espagnoles pour une période de validité du 4 octobre au 17 novembre 2021 et qu'elle est entrée sur le territoire français le 3 novembre 2021, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué que la requérante aurait sollicité et obtenu un titre de séjour après l'expiration de son visa le 17 novembre 2021. Par suite, Mme C entrait dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 et ces dispositions peuvent être substituées à celles du 1° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté en toutes ses branches.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme C, ressortissante marocaine née en 1990 soutient qu'elle est entrée régulièrement en France en novembre 2021 et justifie d'une insertion sociale et professionnelle car elle travaille depuis août 2022 pour la société Moras comme vendeuse et suit une formation en CAP pour devenir pâtissière et maitrise parfaitement le français. Ensuite, elle soutient qu'elle justifie d'une adresse stable et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, n'ayant pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Enfin, elle soutient qu'elle n'a plus de liens avec sa famille restée au Maroc. Toutefois, il n'est pas contesté que Mme C est célibataire et reconnaît avoir encore l'ensemble de sa famille au Maroc, pays où elle a vécu 31 ans. Ensuite, interrogée spécifiquement sur la question de la rupture des liens avec sa famille, la requérante n'a pu donner de réponse suffisamment convaincante sur cette question. Ensuite, il n'est pas plus contesté que la requérante se maintient depuis prés de 2 ans en situation irrégulière et n'a pas, come elle l'a confirmé lors de l'audience publique, entamé de démarches en vue de faire régulariser sa situation administrative. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été embauchée sans titre de séjour par la société Moras du mois d'août 2022 au mois de février 2023 comme vendeuse et que depuis cette date, elle exerce la même activité en violation des règles régissant le droit du travail puisque n'étant pas déclarée par son employeur qui lui verse un salaire en toute illégalité. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet des Yvelines aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire.
9. En cinquième lieu, pour contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire, Mme C soutient que le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste car le risque de soustraction n'est pas établi, par ce qu'elle justifie de solides garanties de représentation, ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, comme il a été dit ci-dessus, la requérante a été dans l'incapacité lors de son interpellation de produire un document d'identité, qu'elle se maintient depuis près de 2 ans en France sans avoir entamé de démarches en vue de faire régulariser sa situation. Enfin s'agissant de son domicile, elle se borne à produire une lettre de Mme B attestant l'héberger à titre gratuit à Clichy alors qu'elle déclare dans sa requête être hébergée chez INSER ASF 12 rue Manin à Paris et 45 rue de Fécamp à Paris lors de son interpellation. Par suite, le préfet qui ne s'est pas cru en situation de compétence liée, n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire.
10. En sixième lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit être écartée.
11. En dernier lieu, l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre son signalement dans le système d'information Schengen doit être écartée.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet des Yvelines du 23 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DECIDE
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. Béal
La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024