mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324840 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | DIAWARA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 27 octobre 2023, le tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Paris la requête enregistrée le 21 octobre 2023 présentée par M. E C, représenté par Me Diawara.
Par cette requête enregistrée le 27 octobre 2023 sous le n°2324840 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. E C, représenté par Me Diawara, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, en application de l'art L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre, à défaut, au préfet de l'Eure, sur le fondement de l'article L. 911-2 du CJA, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard en application de l'art L. 911-3 du CJA ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui confère " le droit à toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre " ;
- elles portent atteinte au droit garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'article 3 de la même convention ;
- elles sont contraires aux dispositions de l'article L721-4 ainsi que des articles L. 513- 2 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- le refus de délai de départ volontaire est entaché d'illégalité dès lors que les motifs justifiant cette décision manquent en fait ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard risque encouru du fait de son engagement politique et ce en dépit des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;
- dès lors que la Mauritanie ne figure pas sur la liste des pays sûrs, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est contraire aux dispositions de l'article L711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qu'il peut invoquer des circonstances humanitaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perfettini pour statuer en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Perfettini, magistrate désignée, le requérant et le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 16 août 1976 à Boully (Mauritanie), de nationalité mauritanienne, entré en France le 20 août 2018 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Eure, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n°DCAT-SJIPE-2023-17 du 1er septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Eure, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. B D, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes, dans la limite de ses attributions, relatifs à la police des étrangers, en cas d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'auraient pas été empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une lors être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu le 19 octobre 2023, préalablement au prononcé de la mesure d'éloignement contestée, dans le cadre de sa rétention, sur sa situation administrative et sur la perspective de son éloignement et qu'il a pu faire valoir les éléments concernant les raisons pour lesquelles il ne souhaitait pas retourner en Mauritanie, l'intéressé ayant indiqué que sa vie y était en danger. Par ailleurs, le requérant ne fait pas état, dans le cadre de l'instance, d'informations concernant sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant l'adoption de la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées alors, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit d'être entendu et le moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Si M. C se prévaut de ce qu'il vit en France depuis le mois d'août 2018, soit depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, et de ce qu'il a des liens familiaux en France où il serait bien intégré, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et que ses liens se limitent à des cousins avec lesquelles ses relations ne sont pas établies. Par ailleurs, comme le soutient le préfet de l'Eure en défense, M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches en Mauritanie, ou résident ses six enfants. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de l'Eure n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus de départ volontaire
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 dudit code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
8. Il est constant que M. C, entré irrégulièrement en France, y est demeuré en dépit de décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à son encontre et notifiées le 11 décembre 2020 et le 23 janvier 2023. Dans ces conditions et alors que le préfet de l'Eure soutient sans être contredit que lors de son audition M. C a fait connaître son refus de retourner en Mauritanie, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre peut être regardé comme établi, au regard du 1° de l'article L. 612- 3 et des 2° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ces motifs, le préfet de l'Eure a pu et refuser à M. C un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
9. Pour soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la décision fixant la liste des pays sûrs sur laquelle ne figure pas la Mauritanie, M. C fait état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son militantisme anti-esclavagiste. Il expose qu'il a adhéré en 2021, après son entrée en France, à l'Association des Ressortissants Mauritaniens pour l'Éradication des Pratiques Esclavagistes et ses Séquelles (ARMEPES-France) ainsi qu'une carte de membre de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). Il ajoute que des membres de sa famille, notamment sa sœur, font l'objet de persécutions. Toutefois, ses écritures concernant son engagement politique demeurent générales et peu précises et les éléments produits quant aux représailles subies par sa famille, en particulier une photographie d'une parcelle agricole détruits, ne comportant pas d'indication de date ni de lieu, ne permettent pas de regarder comme établi le risque réel et personnel qu'il encourrait à raison de son appartenance communautaire et de son engagement politique en cas de retour dans son pays d'origine, ainsi au demeurant que l'a jugé la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 décembre 2022, notifiée le 16 janvier 2023 rejetant comme irrecevable sa seconde demande de réexamen de sa demande d'asile. Par ailleurs, la circonstance que la Mauritanie ne figure pas sur la liste des pays sûrs est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet de l'Eure dont l'appréciation a été fondée sur les éléments communiqués par M. C, qui n'apportaient aucune information étayée et nouvelle. Il s'ensuit que le moyen tiré par ce dernier de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Si M. C soutient que la décision interdisant le retour sur le territoire français pour une période d'un an est disproportionnée au regard des motifs humanitaires qu'il peut invoquer, il se borne à faire état des mêmes éléments concernant sa situation personnelle que ceux ci-dessus rappelés au point 6, qui doivent être écartés pour les mêmes motifs.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. E C et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La magistrate désignée,
D. PERFETTINI
La greffière,
R. BOUDINA La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2324840/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024