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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325144

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325144

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325144
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantDUCASSOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023, Mme D, représentée par Me Ducassoux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui retirant et refusant le renouvellement de l'attestation de demande d'asile ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une attestation de demande d'asile ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à

son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui en constitue la base légale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 paragraphe 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 11 décembre 2023, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perrin ;

- les observations de Me Ducassoux, représentant Mme D, présente et assistée de M. E, interprète en langue dioula.

Un mémoire complémentaire présenté pour Mme D a été enregistré le 19 décembre 2023.

Par une ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 décembre 2023.

Une note en délibéré présentée pour Mme D a été enregistrée le 27 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne, née le 20 avril 1984 a sollicité l'asile en France. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté en dernier lieu sa demande par une décision du 28 juin 2023. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère d'une petite fille née en France le 29 janvier 2020, qui a été reconnue par M. A B, ressortissant ivoirien, qui bénéficie d'un titre de séjour, que la requérante exerce avec le père de l'enfant l'exercice conjoint de l'autorité parentale, que sa fille a sa résidence habituelle chez elle et qu'en vertu d'une ordonnance du juge des enfants du 2 mars 2023, une interdiction de sortie du territoire de la petite fille a été prononcée, pour une durée de six mois, à compter du 14 mars 2023 et jusqu'au 30 septembre 2023. En outre, une demande d'asile a été déposée au nom de la fille de Mme D le 3 mars 2020 et, dans le cadre de cette demande, un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile le 15 septembre 2023 afin de contester le rejet de la troisième demande de réexamen de la demande d'asile de sa fille par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 juin 2023. Mme D soutient, sans être contredite par le préfet de police, qu'à la date de l'arrêté attaqué, la demande d'asile de sa fille était toujours en cours d'examen. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de l'arrêté contesté, que le préfet de police a pris en compte ces éléments dans le cadre de l'examen de la situation de Mme D. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a seulement lieu d'enjoindre, en application de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de Mme D, dans un délai de deux mois, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ducassoux, conseil de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Ducassoux de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 13 octobre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ducassoux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Ducassoux, conseil de Mme D, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D, l'Etat lui versera la somme de 1 000 euros.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de police et à Me Ducassoux.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La magistrate désignée,

A. Perrin

La greffière,

L. Poulain

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2325144/8

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