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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325913

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325913

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325913
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET TACHNOFF-TZAROWSKY (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné deux requêtes distinctes. La première, introduite par Mme B..., contestait une amende pour défaut de déclaration de comptes à l'étranger au titre des années 2016 et 2017, fondée sur l'article 1737 du code général des impôts. La seconde, déposée par M. et Mme B..., portait sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, résultant de l'application de l'article 123 bis du même code concernant une société basée à Hong Kong. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes, considérant que le moyen tiré de l'inconstitutionnalité de l'article 1737 était inopérant et que l'administration avait correctement démontré l'existence d'un régime fiscal privilégié à Hong Kong ainsi que le bien-fondé des impositions et de la majoration pour manquement délibéré.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023 sous le numéro 2325913, Mme A... C... épouse B..., représentée par Me Tachnoff-Tzarowsky, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l’amende pour défaut de déclaration des comptes ouverts à l’étranger à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) d’ordonner la poursuite du sursis de paiement en application des dispositions de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que l’amende mise à sa charge sur le fondement de l’article 1737 du code général des impôts est infondée, dès lors que ces dispositions ont été déclarées inconstitutionnelles par la décision du Conseil constitutionnel 2021-908 QPC du 26 mai 2021 et abrogées à la date du 31 décembre 2021.


Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la requérante n’est pas fondé.


Par ordonnance du 13 mars 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 14 avril 2025.



II. Par une requête, enregistrée le 13 février 2025 sous le numéro 2504064,
M. et Mme D... et A... B..., représentés par Me Tachnoff-Tzarowsky, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 à raison de l’application des dispositions de l’article 123 bis du code général des impôts ;

2°) d’ordonner la poursuite du sursis de paiement en application des dispositions de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Ils soutiennent que :
à titre principal, c’est à tort que l’administration a fait application de l’article 123 bis du code général des impôts alors qu’elle a considéré que la société NOTDOWN RECORDS LIMITED n’avait aucune existence à Hong Kong, qu’elle n’a pas démontré l’existence d’un régime fiscal privilégié dans ce pays et que la société n’y disposait d’aucun actif et a fortiori d’actif financier ;
à titre subsidiaire, le service aurait dû retenir comme base d’imposition le bénéfice imposable et non simplement les crédits figurant sur le compte bancaire de la société ;
la majoration de 40% pour manque délibéré est infondée.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2025, la directrice de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.


Par ordonnance du 4 septembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 6 octobre 2025.


Un mémoire a été enregistré pour M. et Mme B... le 28 novembre 2025, soit postérieurement à la clôture d’instruction, et n’a pas été communiqué.



Vu les autres pièces des dossiers.


Vu :

le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.



Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.





Considérant ce qui suit :

M. B... et Mme C... épouse B... (ci-après Madame B...) ont fait l’objet d’un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur leurs revenus des années 2016 et 2017 et d’une vérification de comptabilité portant sur leurs activités professionnelles respectives pour la même période. A l’issue des opérations de contrôle et aux termes de deux propositions de notification du 23 décembre 2019 et du 30 octobre 2020, leur ont été notifiées, au titre des deux années vérifiées, des cotisations supplémentaires en matière d’impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvement sociaux dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en ce qui concerne l’activité de disc-jockey de M. B..., des bénéfices industriels et commerciaux en ce qui concerne l’activité d’agent artistique de Mme B... et à raison de leurs revenus d’origine indéterminée, assorties des intérêts de retard et de la majoration de 10 % prévue au I de l’article 1758 A du code général des impôts. Mme B... s’est par ailleurs vu infliger, par une proposition de rectification du 30 octobre 2020, une amende pour non-déclaration de compte bancaire ouvert à l’étranger au titre des années 2016 et 2017 en application du IV de l’article 1736 du même code. Enfin, par une proposition de rectification du 13 juillet 2021, ont été notifiées aux époux des cotisations supplémentaires en matière d’impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales sur le fondement de l’article 123 bis du code général des impôts assorties des intérêts de retard, de la majoration de 10 % prévue au I de l’article 1758 A du code général des impôts et de la majoration de 40% pour manquement délibéré. Par des réclamations des 6 octobre et 22 décembre 2022 et 24 mai 2023, Mme B... a contesté l’amende pour non-déclaration de compte bancaire ouvert à l’étranger à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, mise en recouvrement par un avis de mise en recouvrement du 15 juillet 2022. Ses réclamations ayant été rejetées par l’administration par décision du 7 septembre 2023, Mme B... réitère ses prétentions devant le tribunal de céans. Par des réclamations des 6 octobre et 22 décembre 2022, 11 décembre 2023 et 16 octobre 2024, M. et Mme B... ont contesté les impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis sur le fondement de l’article 123 bis du code général des impôts, mises en recouvrement par voie de rôle le 30 juin 2022. Leurs réclamations ayant été rejetées par l’administration par décision du 10 décembre 2024, ils réitèrent leurs prétentions devant le tribunal de céans.

Les requêtes n° 2325913/1-1 et n° 2325913/1-1 présentent à juger des questions liées, sont relatives à des procédures d’imposition liées et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la requête n° 2325913 :

Mme B... fait valoir que l’amende mise à sa charge sur le fondement de l’article 1737 du code général des impôts est infondée, dès lors que ces dispositions ont été déclarées inconstitutionnelles par la décision du Conseil constitutionnel 2021-908 QPC du 26 mai 2021 et abrogées à la date du 31 décembre 2021. Toutefois, il résulte de l’instruction que l’amende en litige a été infligée à Mme B... sur le fondement des dispositions du IV de l’article 1736 du code général des impôts et non, comme le soutient à tort la requérante, sur le fondement de l’article 1737 de ce code. Par suite, le présent moyen ne peut qu’être écarté comme inopérant.

Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2325913 de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

En ce qui concerne la requête n° 2504064 :

Aux termes de l’article 123 bis du code général des impôts : « 1. Lorsqu'une personne physique domiciliée en France détient directement ou indirectement 10 % au moins des actions, parts, droits financiers ou droits de vote dans une entité juridique-personne morale, organisme, fiducie ou institution comparable-établie ou constituée hors de France et soumise à un régime fiscal privilégié, les bénéfices ou les revenus positifs de cette entité juridique sont réputés constituer un revenu de capitaux mobiliers de cette personne physique dans la proportion des actions, parts ou droits financiers qu'elle détient directement ou indirectement lorsque l'actif ou les biens de la personne morale, de l'organisme, de la fiducie ou de l'institution comparable sont principalement constitués de valeurs mobilières, de créances, de dépôts ou de comptes courants. / Pour l'application du premier alinéa, le caractère privilégié d'un régime fiscal est déterminé conformément aux dispositions de l'article 238 A par comparaison avec le régime fiscal applicable à une société ou collectivité mentionnée au 1 de l'article 206. (…) ». Selon l’article 238 A du même code : « (…) Pour l'application du premier alinéa, les personnes sont regardées comme soumises à un régime fiscal privilégié dans l'Etat ou le territoire considéré si elles n'y sont pas imposables ou si elles y sont assujetties à des impôts sur les bénéfices ou les revenus dont le montant est inférieur de 40 % ou plus à celui de l'impôt sur les bénéfices ou sur les revenus dont elles auraient été redevables dans les conditions de droit commun en France, si elles y avaient été domiciliées ou établies. (…) ». Lorsque l'administration fiscale se prévaut des dispositions de l'article 238 A du code général des impôts, elle doit justifier que le bénéficiaire des sommes dont elle conteste la déduction est soumis hors de France à un régime fiscal privilégié par comparaison avec celui auquel il serait soumis s'il les percevait en France. Il lui appartient à cet égard d’apporter tous éléments circonstanciés sur le traitement fiscal effectif auquel est soumis ce bénéficiaire dans le pays où il est domicilié ou établi ou, à défaut, sur les modalités selon lesquelles y sont imposées des activités du type de celles qu’il exerce, en prenant en compte, dans un cas comme dans l’autre, l’ensemble des impositions directes sur les bénéfices ou les revenus.

En premier lieu, d’une part, M. et Mme B... font valoir que c’est à tort que l’administration a fait application de l’article 123 bis du code général des impôts alors qu’elle a considéré que la société NOTDOWN RECORDS LIMITED n’avait aucune existence à Hong Kong. Toutefois, il ne résulte pas de l’instruction, en particulier de la proposition de rectification du 13 juillet 2021, que le service aurait considéré que la société NOTDOWN RECORDS LIMITED n’avait aucune existence à Hong Kong, ce dernier ayant relevé que la société, créée le 27 mars 2014, ne disposait d’aucune activité réelle dans ce pays. D’autre part, le service a considéré que la société NOTDOWN RECORDS LIMITED était soumise à Hong Kong à un régime fiscal privilégié, dès lors qu’elle constitue une société offshore n’y subissant aucune imposition sur les bénéfices et les dividendes, qu’elle n’a effectivement supporté aucune imposition au titre des années en litige et que la convention conclue entre la France et Hong Kong prévoit un échange de renseignements mais aucune assistance en matière de recouvrement. Les requérants font grief à l’administration de ne pas avoir tenu compte des critères prévus à l’article 238 A du code général des impôts, par comparaison avec le régime fiscal applicable à une société mentionnée au 1 de l’article 206 du même code et d’avoir à tort considéré que Hong Kong faisait partie des pays considérés comme des territoires non coopératifs. Cependant, il résulte de l’instruction que le service s’est fondé sur les informations transmises par les autorités hongkongaises le 29 mai 2020 en réponse à la demande d’assistance administrative internationale pour établir que la société NOTDOWN RECORDS LIMITED n’avait effectivement supporté aucune imposition à Hong Kong au titre des années en litige. Or, une telle circonstance est, alors que les sociétés commerciales sont, sauf exception, soumises en France à l’impôt sur les sociétés, par elle-même suffisante à la regarder comme ayant été soumise à un régime fiscal privilégié, l’appartenance ou non d’Hong Kong à la liste des territoires non coopératifs étant à cet égard sans incidence. Enfin, M. et Mme B... ne contestent pas la détention par la société NOTDOWN RECORDS LIMITED d’un compte courant auprès de la banque HSBC, sur lequel ont été créditées des sommes au titre des années en litige, qui constituent des revenus au sens et pour l’application de l’article 123 bis du code général des impôts. Il s’ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le service aurait fait à tort application de l’article 123 bis du code général des impôts.

En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que, pour déterminer le montant de l’assiette des revenus de capitaux mobiliers imposables en application des dispositions précitées, le service s’est appuyé sur les sommes créditées sur le compte courant n° 652 401027 838 détenu par la société NOTDOWN RECORDS LIMITED auprès de la banque HSBC à Hong Kong, sans avoir constaté l’existence de charges déductibles, telles que des impositions ou des frais bancaires qui auraient été supportés par ladite société. Si M. et Mme B... font valoir que l’administration aurait dû retenir comme base d’imposition le bénéfice imposable et non les crédits du compte courant de la société, ils ne font état d’aucune charge susceptible de venir en déduction des sommes portées au crédit du compte courant de la société NOTDOWN RECORDS LIMITED. Ils ne sont, par conséquent, pas fondés à contester l’assiette des revenus de capitaux mobiliers retenue par le service.

En dernier lieu, si les requérants contestent la majoration de 40% pour manquement délibéré qui leur a été infligée sur le fondement de l’article 1729 du code général des impôts, ils ne soulèvent aucun moyen spécifique à son encontre.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2504064 de M. et Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :



Article 1er : Les requêtes n° 2325913 et n° 2504064 sont rejetées.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et Mme A... C... épouse B... et à la directrice de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.


Délibéré après l'audience du 3 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.

La rapporteure,
signé
I. OSTYN
Le président,
signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
signé
S. RUBIRALTA


La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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