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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2325988

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2325988

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2325988
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantRAYNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 novembre 2023 et les 9 et 10 janvier 2024, M. D E B, représenté par Me Raynaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler la décision du 26 octobre 2023 par laquelle le préfet de police l'a informé du retrait de ses documents d'identité et de voyage ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui restituer ses documents d'identité et de voyage dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat aux entiers dépens.

M. B soutient que :

- la requête est recevable ;

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- elle sont entachées d'incompétence de son auteur.

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il était en transit sur le territoire français pour se rendre au Portugal ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision de retrait de ses documents d'identité et de voyage :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2023 et le 10 janvier 2024, le préfet de police, conclut à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'annulation de la décision du 26 octobre 2023 par laquelle le préfet de police l'a informé du retrait de ses documents d'identité et de voyage, et au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guglielmetti en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti,

- les observations de Me Raynaud, avocat commis d'office, représentant M. B assisté d'une interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 11 janvier 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien, a fait l'objet le 26 octobre 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00971 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à M. A C, attaché d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, dans la limite de ses attributions, nécessaires à l'exercice des missions de la délégation de l'immigration, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise notamment que M. B est entré en France sous couvert d'un document de voyage non revêtu d'un visa prévu aux articles L. 311-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne peut se prévaloir des dispositions conventionnelles passées entre le pays dont il est le ressortissant et la France ou l'Union européenne portant exemption de l'obligation de visa. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il était en transit sur le territoire national et qu'il comptait se rendre au Portugal pour y organiser son déménagement, il ne l'établit par aucune pièce. Dès lors, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, le préfet de police n'a pas pris à l'encontre de M. B une décision de refus de lui accorder le bénéfice de la protection temporaire en application de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance de l'Ukraine au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, inopérant, doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. B soutient avoir fui la guerre en Ukraine et avoir déposé une demande de titre de séjour au Portugal, il ne se prévaut d'aucune attache particulière sur le sol français. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste des conséquences sur sa situation personnelle, ce moyen doit, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En l'espèce, l'intéressé ne fait état d'aucun élément justifiant qu'il serait personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision de retrait de ses documents d'identité et de voyage :

15. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ". Aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. "

16. Si M. B soutient que cette décision porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir, il ressort des termes du récépissé contre remise de document d'identité du 26 octobre 21023 que le requérant a été informé de ce que ses documents d'identité lui seront restitués le jour de son départ par les services de police aux frontières, l'intéressé devant se présenter sept jours avant ce départ au bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière muni de son billet d'avion afin d'exécuter sa mesure d'éloignement. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

17. En second lieu, si M. B soutient que la décision méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifié par téléphone par le truchement d'un interprète. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Eu égard à la situation irrégulière de M. B sur le territoire français, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rétention administrative de ses documents d'identité et de voyage ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de lui restituer son titre de séjour ukrainien et son passeport égyptien ne peuvent qu'être rejetées, l'intéressé ayant, ainsi qu'il a été dit au point précédent, vocation à récupérer ce document lors de son départ du territoire français, en application de l'article L. 814-1 du code précité.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense ni sur la recevabilité des conclusions à fins d'annulation de la décision portant refus de séjour, que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Aucun dépens n'ayant été engagé dans la présente instance, les conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat doivent être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La magistrate désignée,

S. Guglielmetti

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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