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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326741

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326741

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326741
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantGUILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, M. A B C, représenté par Me Guillier de l'AARPI NovLaw Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de regroupement familial ainsi que la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, dans un délai de deux mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard, d'autoriser l'entrée en France de mesdames I B C, D H B, E Mangindula Konde ou, à défaut, de réexaminer sa demande de regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreurs de fait sur l'identité des auteurs de la demande, les bénéficiaires du regroupement familial, la situation de handicap de Mme F et les ressources du foyer ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Une mise en demeure a été adressée le 27 février 2024 au préfet de police de Paris, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 4 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024 à 12 :00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori ;

- et les observations de Me Guillier, représentant M. B C, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 16 avril 1965, déclare être entré en France le 7 septembre 2002. Il a obtenu, en 2017, la délivrance d'un premier titre de séjour et est titulaire, depuis le 13 décembre 2022, d'une carte de résident de longue durée valable jusqu'au 12 décembre 2023. Le 29 avril 2021, il a sollicité le regroupement familial au profit de ses deux filles, Mme I B C et Mme D H B, d'une part, et de la fille de sa concubine, Mme E G, d'autre part. Par un arrêté du 15 juin 2023, le préfet de police de Paris a rejeté la demande de regroupement formulée au bénéfice Mme I B C. Par un courrier du 21 juillet 2023 réceptionné par les services de la préfecture de police de Paris le 25 juillet 2023, le requérant a formé un recours gracieux contre le refus par le préfet de police de Paris de faire droit à sa demande de regroupement familial.

Sur l'étendue du litige :

2. S'il n'est pas contesté que M. B C a saisi l'autorité administrative d'une demande de regroupement familial au profit des trois enfants de la famille recomposée qu'il forme avec Mme F, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de la décision attaquée, rapprochés des échanges avec les autorités diplomatiques qui sont versés aux débats, que l'autorité préfectorale a disjoint la demande de regroupement familial formulée au bénéfice de Mme I B C des demandes de regroupement familial formulées au bénéfice de Mme D H B et de Mme E G. Ces dernières font ainsi l'objet d'une instruction séparée. Il résulte de ce qui précède que par l'arrêté attaqué, le préfet de police de Paris a entendu statuer sur le seul cas de Mme I B C.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Si lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et qu'il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial () 2° () par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ;() ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ".

5. Pour l'application des dispositions précitées des articles L. 434-7 et R. 434-4, à la date de la décision attaquée, doivent être considérées comme suffisantes des ressources atteignant, pour une famille de quatre ou cinq personnes, un montant de 1 478 euros.

6. En l'espèce, d'une part, M. B C fait valoir que, titulaire d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, il a gagné un salaire net mensuel moyen s'élevant à 1 504,86 euros et supérieur, dès lors, au montant indiqué au point 5 du présent jugement. Le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure, est réputé, en vertu de l'article

R. 612-6 du code de justice administrative, avoir acquiescé à ces faits, dont l'inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier. En retenant que M. B C bénéficiait de revenus mensuels de 743 euros, le préfet de police de Paris a commis une erreur de fait de nature à entraîner l'annulation de sa décision.

7. D'autre part, M. B C fait également valoir que sa concubine, titulaire d'une pension d'invalidité et également employée, bénéficie de revenus nets mensuels de 1 034,08 euros. Le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure, est réputé, en vertu de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, avoir acquiescé à ces faits, dont l'inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier. En omettant de prendre en compte les ressources de Mme F aux fins du calcul des ressources du foyer, le préfet de police de Paris a méconnu les dispositions citées au point 4 du présent jugement et commis une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. B C au bénéfice de Mme I B C doit être annulé. Doit également être annulée, par voie de conséquence, la décision implicite résultant du silence gardé par le préfet de police de Paris sur le recours gracieux du 21 juillet 2023 présenté par M. B C dirigé contre cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. L'annulation prononcée au point 8 pour les motifs précédemment exposés n'implique pas nécessairement que le préfet fasse droit purement et simplement à la demande de regroupement familial de M. B C mais seulement qu'il procède au réexamen de sa demande. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de regroupement familial de M. B C formulée au bénéfice de Mme I B C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B C en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juin 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé à M. B C le regroupement familial au bénéfice de Mme I B C et la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté le recours gracieux de M. B C dirigé contre cet arrêté sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de regroupement familial de M. B C au bénéfice de Mme I B C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller,

Mme Alidière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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