mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326949 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | BECHAOUCH CONTAMINARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2023 et 12 janvier 2024, M. C, représenté par Me Bechaouch Contaminard, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de vingt-quatre mois.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente dès lors que la qualité du signataire n'a pas été mentionnée et que la délégation de signature du signataire n'a pas été produite ;
- elle est irrégulière du fait de l'irrégularité de son placement en rétention qui n'a pas été fait par le truchement d'un interprète en langue arabe présent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de droit.
La préfète du Val-de-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bechaouch Contaminard, représentant M. C, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et précise que la procédure est viciée dès lors que le requérant n'a pas compris la notification de ses droits en retenue administrative, qu'il n'a été fait preuve d'aucune diligence pour trouver un interprète présent en langue arabe et que l'interprétariat n'a duré que dix secondes ;
- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente, ni représentée.
Par une ordonnance du 15 janvier 2024 la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, né le 14 avril 2001, a fait l'objet d'un arrêté du 22 novembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs, la préfète du Val de Marne a donné délégation à Mme D A, Directrice des migrations et de l'Intégration, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".
4. M. C soutient que l'interprète n'était physiquement pas présent lors de la notification de ses droits alors qu'il était placé en retenue administrative le 21 novembre 2023 pour vérification de son droit au séjour, qu'il n'y avait pas de raison justifiant de ne pas recourir à un interprète en présentiel et qu'il n'a pas compris sa notification de droits dès lors que l'interprète sollicitée ne parlait pas le même dialecte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la notification de ses droits, à savoir d'être assisté d'un interprète, d'être assisté par un avocat désigné par lui ou, à défaut, commis d'office par le bâtonnier, d'être examiné par un médecin désigné par l'Officier de police judiciaire, de prévenir à tout moment sa famille, toute personne de son choix et tout contact utile et d'avertir ou faire avertir les autorités consulaires de son pays, a été faite à M. C le 21 novembre 2023 à 12h05 par le truchement d'un interprète en langue arabe et par l'intermédiaire d'un moyen de télécommunication, ainsi que l'autorise les dispositions précitées. Par suite, alors que l'intéressé a apposé sans réserve sa signature sur le procès-verbal de notification de ses droits, le moyen ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision fixant le pays de destination qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Si M. C se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2022, soit depuis plus d'un an à la date de la décision attaquée, et qu'il occupe un emploi stable dans une pizzeria, en produisant à l'appui de sa requête des fiches de paie des mois d'octobre à décembre 2022, puis de mai à septembre 2023 et un contrat à durée indéterminée signé le 2 mai 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, M. C ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches en Tunisie. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de sa faible ancienneté dans son emploi, en obligeant M. C à quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la mesure d'éloignement contestée n'étant nullement illégale, l'exception d'illégalité soulevée contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. D'une part, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète a pris la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en considération de la circonstance que M. C ne justifiait d'aucune circonstance particulière, qu'il est célibataire sans charge de famille, et qu'il fait valoir sa présence en France depuis 1er janvier 2023. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par la préfète, au vu de la situation de l'intéressé, des critères prévus par la loi. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
13. D'autre part, M. C ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir en principe, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Compte tenu des éléments de sa situation personnelle, la préfète du Val-de-Marne en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, n'a pas méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La magistrate désignée,
A. Perrin
La greffière,
D. Permalnaick
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2326949
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024