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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327122

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327122

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327122
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantHUGELIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Hugelin, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 25 novembre 2023 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'instruire son dossier en vue de la délivrance d'un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire et du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de fait ;

- le préfet a commis une erreur manifeste en estimant qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;

- il n'a pas eu droit à un procès équitable en violation des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de droit en ne procédant pas à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur le fait qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement le 8 janvier 2021 car à cette date il avait déposé une demande d'asile et, par suite, cette obligation était illégale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêtés du 25 novembre 2023, le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an. M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police le même jour, le préfet de police a donné à Mme C, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Enfin, le préfet n'était pas tenu de produire le justificatif de cette publication. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir et notamment la situation postérieure au rejet de sa demande d'asile et en particulier la durée de sa présence en France et sa situation professionnelle dont au demeurant il ne justifie pas. Il résulte de ce qui précède que tant le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation que celui d'une erreur de fait ne sont fondés et doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même des arrêtés attaqués que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. A.

5. En quatrième lieu, M. A soutient que c'est à tort que le préfet ne lui a pas accordé un délai de départ volontaire car il n'établit pas qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces produites par le préfet de police que l'arrêté du 8 janvier 2021 pris par le préfet de police lui a été notifié le jour même et que cette notification comportait bien l'indication des voies et délais de recours. Enfin, les stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'étant pas invocables dans ce domaine de police administrative, M. A ne peut pas plus soutenir qu'il n'a pas eu droit à un procès équitable en violation de ces stipulations

6. En cinquième lieu, M. A ressortissant algérien né en 1985 soutient le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle car il " peut être salarié et qu'une entreprise est favorable pour lui faire une déclaration d'embauche ". Toutefois, d'une part, M. A ne justifie comme il a été dit au point 3 de cette situation professionnelle. D'autre part, et surtout, le requérant a déjà fait l'objet, comme il a été dit au point 5 d'une précédente mesure d'éloignement le 8 janvier 2021 à laquelle il n'a pas obtempéré. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire.

7. En dernier lieu, M. A soutient, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur le fait qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement le 8 janvier 2021 car à cette date il avait déposé une demande d'asile. Ce moyen doit, par suite, être interprété comme tendant, par le biais de l'exception d'illégalité à remettre en cause la légalité de l'arrêté susvisé du 8 janvier 2021. Toutefois, et comme il a été dit au point 5 cet arrêté lui a été notifié le jour même et que cette notification comportait bien l'indication des voies et délais de recours. Par suite, s'agissant de l'appréciation de légalité d'une décision individuelle, celle-ci n'est recevable qu'avant que le délai de recours contentieux ne soit expiré. Or à la date du 25 novembre 2023, ce délai qui a commencé à courir le 8 janvier 2021 était largement expiré. Par suite, et en tout état de cause, ce dernier moyen doit être écarté comme irrecevable.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 novembre 2023 du préfet de police. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024

Le magistrat désigné,

A. Béal

Le greffier,

G. Millet

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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