mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327182 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 novembre 2023 et 10 janvier 2024, M. C, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de vingt-quatre mois ;
2°) de procéder sans délai à l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai :
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
En ce qui concerne la décision interdisant son retour sur le territoire français :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Perrin a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, né le 22 mars 1986, a fait l'objet d'un arrêté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une période de deux ans, qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
3. Si M. C allègue, au soutien de ses écritures, qu'il résidait habituellement en France depuis 2013, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige, et que le préfet n'a pas examiné sa demande au regard de la durée de présence en France entachant ainsi sa décision d'une erreur de droit, les pièces produites par ses soins ne sont pas suffisantes pour démontrer une présence continue et habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté. Ainsi, au titre de l'année 2013, le requérant ne produit qu'un avis d'imposition 2016 sur les revenus de l'année 2013, une facture d'un abonnement téléphonique d'un numéro fixe datée d'août 2013 et une facture à son nom d'un magasin datée de décembre 2013, et pour l'année 2014, il ne produit qu'un avis d'imposition daté du 23 septembre 2016 sur les revenus de l'année 2014, un formulaire d'ouverture d'un compte bancaire daté du 23 janvier 2014 et non signé, un virement d'argent qu'il a réalisé vers la Tunisie daté de janvier 2014 et des courriers de sa banque datés de juillet et août 2014. En outre, au titre de l'année 2015, le requérant ne produit qu'un avis d'imposition 2016 sur les revenus de l'année 2015, deux virements de sommes d'argent qu'il a réalisé vers la Tunisie, en août et novembre 2015, une facture d'un magasin à son nom, datée d'avril 2015, et un billet de train à son nom entre Paris et Marseille daté du 28 juillet 2015. Ces pièces éparses, lacunaires et ne matérialisant pas sa présence effective avant le début de l'année 2016, ne justifient pas que M. C était effectivement présent en France depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :
4. En premier lieu, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. " Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
5. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 612-6 et suivants. Elle mentionne la date alléguée d'entrée du requérant en France en 2011, la menace à l'ordre public qu'il représente, dès lors qu'il a été signalé par les services de police le 25 novembre 2023 pour des faits de dégradations volontaires de biens privés par un moyen dangereux pour les personnes, et la circonstance qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été signalé par les services de police le 25 novembre 2023 pour des faits de dégradations volontaires de biens privés par un moyen dangereux pour les personnes. Si le requérant se prévaut d'une présence en France de dix ans, comme énoncé au point 3, il ne l'établit pas. Par suite, la durée de l'interdiction de retour de 24 mois n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et la décision d'interdiction de retour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 26 novembre 2023 ni de la décision du même jour portant interdiction de retour sur le territoire. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La magistrate désignée,
A. Perrin
La greffière,
D. Permalnaick
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2327182/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024