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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327567

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327567

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327567
TypeDécision
Formation3e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTANGALAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2309800 du 6 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Versailles, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par

M. E C, enregistrée le 29 novembre 2023.

Par cette requête, M. E C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas démontré que l'agent qui a procédé à son entretien individuel avait qualité pour le faire ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement précité dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été destinataire des brochures d'information qu'il prévoit ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré en France en octobre 2022 et a des amis en région parisienne ;

- sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine en raison de ses inclinations politiques et sa collaboration avec les anciens militants de l'organisation des " LTTE ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Renvoise, première conseillère, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Renvoise, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Tangalakis, avocat commis d'office, représentant

M. C.

Le préfet de l'Essonne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré pour le requérant a été enregistrée le 9 février 2024.

Une note en délibéré pour le préfet de l'Essonne a été enregistrée le 9 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 7 février 1995 à Velvettithurai au Sri-Lanka, de nationalité srilankaise, déclare être entré en France en septembre 2022 et y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 janvier 2023 confirmée par une décision du 5 juillet 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 16 novembre 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par arrêté n°2023-PREF- DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne le même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à M. A B, attaché principal d'administration, adjoint au chef du bureau de l'éloignement du territoire, afin de signer les décisions contestées en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, directeur de l'immigration et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'était ni empêché, ni absent. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° de l'article L. 611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. En outre, il indique que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales après avoir relevé que sa demande d'asile avait été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 janvier 2023 confirmée par une décision du 5 juillet 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, il comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui établit les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, sont inopérants à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant ne produit aucune pièce ni aucun élément de nature à établir une quelconque insertion personnelle, familiale ou professionnelle en France. Il ne justifie pas davantage d'une durée de séjour suffisante pour caractériser une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces dernières stipulations énoncent que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. C n'apporte aucun élément ni aucun commencement de preuve de nature à établir la réalité d'un risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la demande d'asile de M. C a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du

3 janvier 2023 confirmée par une décision du 5 juillet 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Il ne produit ni devant le préfet ni devant le tribunal aucun élément nouveau. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au point 8 doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

T. RENVOISE

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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