jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328408 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | VELASCO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 décembre 2023, le président de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Paris la requête enregistrée le 8 décembre 2023 présentée par A B, représenté par Me Velasco.
Par cette requête et deux mémoires, enregistrés le 22 décembre 2023 et le
24 décembre 2023, M. B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français durant douze mois est entachée d'erreur d'appréciation et de disproportion ;
- L'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par une requête, enregistrée le 1er février 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- Le rapport de Mme D,
- Les observations de Me Velasco, avocat de M. B.
Le préfet de l'Ain n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, né le 25 décembre 1990 a fait l'objet d'un arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai au motif qu'il s'y est maintenu au mépris de l'arrêté du préfet de la Seine et Marne du 25 octobre 2018 l'obligeant à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français durant 12 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F C, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui dispose d'une délégation de compétence en cas d'absence ou d'empêchement de M. G E, directeur de la citoyenneté et de l'intégration, par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 25 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors, et alors qu'il n'est pas soutenu que
M. E aurait été présent en préfecture de l'Ain à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui expose avec suffisamment de précision l'ensemble des éléments de fait venant à son soutien, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé en toutes ses décisions.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. L'arrêté attaqué est fondé, à titre principal, sur les dispositions du 1° et du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. B, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 octobre 2018 et dont la demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes le 15 juin 2018, s'est maintenu en France irrégulièrement et n'a jamais effectué de démarches administratives afin de régulariser sa situation. Si M. B soutient être entré régulièrement en France en 2017, il ne l'établit pas et par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté. S'il se prévaut de sa présence en France depuis 2017, aux côtés de ses frères et sœurs, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale de façon disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (). 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé le 6 décembre 2023 en situation irrégulière sur le territoire français sans avoir présenté de demande de titre de séjour. Ces seuls éléments sont de nature à justifier le refus de délai de départ volontaire quand bien même M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 16 décembre 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Dès lors, le préfet a fait une exacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français durant 24 mois :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Alors qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, M. B ne justifie pas que des circonstances humanitaires feraient obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit édictée à son encontre. De plus, en l'absence de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et à la circonstance qu'il s'est maintenu sur le territoire français durant cinq ans au mépris d'une mesure d'éloignement, c'est par une exacte application des dispositions précitées que le préfet de police, qui n'était pas tenu de se prononcer de manière exhaustive sur l'ensemble des critères prévus par ces dispositions, a pris à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français durant 24 mois. M. B n'est donc pas fondé à demander l'annulation de cette décision.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué, y compris la décision refusant tout délai de départ volontaire, sur la situation personnelle de l'intéressé. Ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La magistrate désignée,
M. DLa greffière,
C. PAVILLALe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision/3-3