mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2329582 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | FERESHTYAN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 22 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Caen a transmis en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête, enregistrée le 18 décembre 2023, présentée par M. C A
Par cette requête et des mémoires, enregistrée les 5 et 15 mai 2024, M. A, représenté par Me Funck, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, d'ordonner au préfet de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission.
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il constitue une menace à l'ordre public ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il constitue une menace à l'ordre public ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il ne pourra pas être soigné dans son pays ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2023, 2, 13 et 16 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Funck représentant M. A
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrer le 31 mai présentée 2024 par Me Funck pour M.A.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 16 décembre 2023, le préfet du Calvados a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, la fixation du pays de destination que l'interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Calvados n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir et notamment son état de santé. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. A.
4. En troisième lieu, M. A soutient que le préfet a méconnu les droits de la défense. Toutefois, il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait pu faire valoir. De plus, il est constant que le requérant a été entendu à plusieurs reprises notamment par les services de police lors de son arrestation et de sa garde à vue en décembre 2023. Par suite, le moyen sera écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A ressortissant algérien né en 1983 soutient qu'il a quitté son pays vers (sic) 2006 pour aller en Angleterre puis est entré en France en juillet 2021 pour y être soigné et qu'il vit depuis un an et demi avec une ressortissante française avec laquelle il est pacsé depuis le 1er août 2023 et chez qui il réside. Il soutient, ensuite, qu'il a un casier judiciaire vierge et que sa concubine n'a pas entamé de poursuites à son encontre suite à l'incident ayant entrainé son arrestation. Enfin, il soutient que depuis mars 2024, il a trouvé un emploi dans la restauration. Toutefois, il n'est pas contesté que le requérant est entré irrégulièrement en France en 2021 et n'a accompli aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative. Il n'est pas plus contesté qu'il ne justifiait d'aucun emploi ni d'aucune ressources à la date de l'arrêté attaqué et qu'il est défavorablement connu des services de police pour avoir été arrêté le 15 décembre 2023 en état d'ivresse avancée et suite à un coup porté sur sa concubine, agression commise dans un climat tendu entre les deux concubins comme l'a reconnu Mme B lors de son audition par les forces de police. Ensuite, il a expressément reconnu une addiction à l'alcool. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet du Calvados aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu ni les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire. Enfin, c'est à bon droit que le préfet a estimé qu'il constituait une menace pour l'ordre public.
7. En cinquième lieu, pour contester la décision distincte fixant le pays de renvoi, M. A invoque les risques de traitements inhumains et dégradants qu'il peut encourir en raison de son état de santé car il est atteint d'une thrombose veineuse profonde récidivante et a besoin d'un suivi psychologique et ne peut trouver une structure médicale adaptée en Algérie. Toutefois, d'une part, les documents médicaux produits, soit des ordonnances ou des confirmations de rendez-vous datant pour la plupart de l'année 2022 n'établissent ni la gravité de son état de santé ni l'impossibilité de disposer de soins équivalents en Algérie. D'autre part, et comme le soulève le préfet du Calvados dans son dernier mémoire en défense, la plupart des médicaments qui lui sont prescrits sont disponibles dans ce pays ou peuvent être substitués par des médicaments similaires. Par suite, iI n'est, par suite, pas fondé à soutenir que tant les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues.
8. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2023 du préfet du Calvados. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024
Le magistrat désigné,
A. Béal
Le greffier,
G. Millet
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2329582/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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