lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2329756 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | RAYMOND |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 29 décembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris la requête, enregistrée le 26 décembre 2023, présentée par Mme A G C.
Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Paris sous le numéro 2329756, Mme A G C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à
son conseil, sous réserve que ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ne peuvent la viser dès lors que, la désignant sous un autre nom que le sien, elles concernent une autre personne ;
- elles sont signées par une autorité incompétente ;
- elle sont entachées de défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'illégalité dès lors qu'elle est mère d'un enfant demandeur d'asile et qu'elle ne peut, par conséquent, pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perfettini pour statuer en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 20 février 2024 :
- le rapport de Mme Perfettini, magistrate désignée.
La requérante et le préfet de l'Essonne n'étant ni présents, ni représentés.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A G C, ressortissante ivoirienne née le 4 mai 1987 à Bonon (Côte d'Ivoire) et entrée irrégulièrement en France, a été interpellée le 6 décembre 2023 alors qu'elle était dépourvue de document d'identité. Par un arrêté du 7 décembre 2023, notifié au nom de Mme C E, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A G C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".
4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté en défense que Mme A G C a été désignée à tort sous le nom de Mme C E dans l'arrêté attaqué. Elle a déposé, sous ce nom, une demande d'asile pour sa fille F D, née le 11 février 2022 à Paris et titulaire d'une attestation de demande d'asile en procédure normale délivrée le 3 août 2023, valable jusqu'au 2 juin 2024. Mme A G C a été enregistrée en qualité de représentante légale dans le cadre de l'instruction de cette demande, qui est en cours auprès de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA). Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de l'Essonne a méconnu les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté litigieux doit être annulé, y compris et par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement, qui annule la décision litigieuse, implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet compétent de réexaminer la situation de Mme C dans un délai qui doit être fixé à un mois et, dans cette attente, de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée et en tout état de cause non chiffrée.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Raymond, conseil de Mme C, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Raymond renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E
Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à Mme A G C.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 7 décembre 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet compétent de réexaminer la situation de Mme A G C dans un délai qui doit être fixé à un mois et, dans cette attente, de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours.
Article 4 : L'Etat versera à Me Raymond, conseil de Mme A G C, la somme de 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Raymond renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme A G C, au préfet de l'Essonne et à Me Raymond.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La magistrate désignée,
D. PERFETTINI
La greffière,
R. BOUDINA
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
N°2329756/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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