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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400131

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400131

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400131
TypeDécision
PublicationD
Formation3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGATEAU-LEBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2024, Mme C B, représentée par Me Gateau-Leblanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de police de réexaminer sa situation.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car elle a fait un recours devant la CNDA pendant et sa fille est demandeuse d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 2 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 28 février 2024 le rapport de Mme Salzmann.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 15 avril 1986 à Kinshasa, qui déclare être entrée en France le 20 novembre 2016, a déposé une demande d'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) qui a été rejetée le 28 avril 2017. Un recours a été déposé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et a été rejeté par ordonnance le 20 novembre 2017. Une demande de réexamen de sa demande d'asile a été déposée auprès de l'OFPRA le 11 septembre 2023 et a été rejetée comme irrecevable le 13 septembre 2023. La requérante a déposé entretemps le 28 août 2023 une demande d'asile au nom de sa fille mineure, née le 17 mars 2023. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. A termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, il y a lieu d'accorder à Mme B l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire vise l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision mentionne également différents éléments de la situation administrative et personnelle de la requérante, notamment la circonstance que sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 13 septembre 2023 et qu'en conséquence, l'intéressée ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire. Le préfet relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". A termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-3 de ce code dispose : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A termes de l'article L. 531-23 du même code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents, présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'Office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen.

7. Il est constant que la fille de la requérante est née en France le 17 mars 2023 postérieurement à la date d'enregistrement de la demande d'asile de l'intéressée. Il est constant que Mme B a déposé au nom de sa fille mineure une demande d'asile le 23 août 2023. Dans ces conditions, la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 13 septembre 2023, intervenue dans les conditions rappelées au point 1 ci-dessus a été prise non seulement à l'égard de la requérante mais également à l'égard de sa fille. Par suite, le droit au maintien sur le territoire français de la jeune enfant tout comme celui de sa représentante légale a pris fin, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lors du rejet de cette demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 septembre 2023. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'introduction d'une part, d'un recours le 9 novembre 2023 devant la CNDA contre la décision de rejet de sa demande de réexamen et, d'autre part, d'une demande d'asile au nom de sa fille faisaient obstacle à toute mesure d'éloignement. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être, par conséquent, écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si la requérante fait valoir qu'elle est présente en France depuis plus de huit ans et qu'elle est mère d'une enfant née en France le 17 mars 2023, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait noué des liens personnels suffisamment stables et intenses en France. De plus, Mme B ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. Pour les motifs énoncés aux points 7 et 9 ci-dessus, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée en droit et en fait, le préfet de police se référant notamment à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnant expressément que Mme B n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à

l'article 3 de la convention précitée en cas de retour dans son pays. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision contestée doit, dès lors, être écarté.

12. Si Mme B soutient qu'elle est menacée dans son pays d'origine, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle encourt un risque de subir un traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au demeurant, la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile et la demande de réexamen déposée par la requérante a été déclarée irrecevable le 13 septembre 2023. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de police et à Me Gateau-Leblanc.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La magistrate désignée,

M. SALZMANNLa greffière,

C. LATOUR

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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