jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2400188 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | BOULA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Boula, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de douze mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 février 2024 :
- le rapport de Mme Salzmann,
- les observations de Me Boula, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République du Congo, né le
9 décembre 2000 à Brazzaville et entré en France le 27 décembre 2023, demande l'annulation de l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire vise les textes applicables, notamment les articles L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 dit " code frontières Schengen ". Il ressort également des motifs de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur la circonstance que le requérant, de nationalité congolaise ne s'est pas conformé aux stipulations du " code frontières Schengen ". Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de l'intéressé.
4. En deuxième lieu, d'une part, le règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 dit : " code frontières Schengen " prévoit, dans son article 6, que : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () ; b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil () ; c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens (). / 3. Une liste non exhaustive des justificatifs que le garde-frontière peut exiger du ressortissant de pays tiers afin de vérifier le respect des conditions visées au paragraphe 1, point c), figure à l'annexe I. / 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour (). L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants () ". L'annexe I de ce règlement précise : " Les justificatifs visés à l'article 6, paragraphe 3, peuvent être les suivants : () c) pour des voyages à caractère touristique ou privé : i) justificatifs concernant l'hébergement : - une invitation de l'hôte, en cas d'hébergement par une personne privée () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, nonobstant la présentation d'un visa de court séjour en cours de validité, l'étranger ressortissant d'un pays tiers à l'espace " Schengen " doit justifier de l'existence de moyens de subsistance suffisants pendant la durée de son séjour en France, ou à défaut, la présentation d'un justificatif d'hébergement caractérisé en droit français par une attestation d'accueil validée par l'autorité administrative, éléments qui constituent, selon le motif du séjour, l'une des conditions de régularité du franchissement des frontières de cet espace.
7. Si M. B soutient qu'il ne compte pas s'installer durablement sur le territoire français et que sa présence sur le territoire ne s'explique que par son souhait de rendre visite à son frère, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a produit que des réservations d'hôtel non payées à l'appui de ces allégations. De plus, il ressort également des pièces du dossier et notamment de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention
du 30 décembre 2023 que le requérant ne s'est pas présenté dans l'établissement hôtelier qui devait l'accueillir au premier jour de son séjour. Par suite, M. B, qui n'apporte aucune précision supplémentaire sur l'organisation ou l'objet de son voyage dans la présente instance, ne peut être regardé comme justifiant de l'objet et des conditions de son séjour en France et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En dernier lieu, M. B qui se borne à soutenir qu'il dispose d'un visa de type C n'ayant pas été abrogé à date de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'établit pas qu'il remplissait les autres conditions rappelées par
l'article 6 précité du " code frontières Schengen " au motif duquel a été prise l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
9. La décision litigieuse vise les textes qui la fondent, plus particulièrement l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. B, qui a un comportement qui trouble de façon récurrente l'ordre public, présente également un risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 21 décembre 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée en droit et en fait, le préfet de police se référant notamment à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnant expressément que
M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention précitée en cas de retour dans son pays. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :
11. En premier lieu, la décision litigieuse vise les textes qui la fondent, plus particulièrement les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. B ne peut se prévaloir de liens suffisamment forts et caractérisés avec la France dès lors qu'il déclare être en concubinage et sans enfants à charge sans en apporter la preuve. Ainsi, la motivation de la décision en litige atteste de la prise en compte des critères prévus par les dispositions visées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
12. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et de la motivation retenue par la décision attaquée que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Boula.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La magistrate désignée,
M. SALZMANNLa greffière,
C. LATOUR
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.