lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2400403 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | CARLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Carlet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil, Me Carlet, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas pu être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541-1, L. 542-1, L. 542-2 et L.541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français illégalité prive de base légale la décision a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;
- les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perfettini, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perfettini ;
- les observations de Me Toujas, substituant Me Carlet et représentant M. A, présent, assisté de M. B, interprète en langue pachto.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 26 novembre 1987 à Landi Kotal (Pakistan) et de nationalité pakistanaise est entré en France le 1er mars 2022 pour demander l'asile. Par arrêté du 14 décembre 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 541-2 du même code dispose que : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 () ".
4. Pour prendre la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur le rejet de la demande d'asile de M. A, par décision du 21 février 2023, notifiée le 8 mars 2023, de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par décision du 5 octobre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a introduit auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides une demande de réexamen, enregistrée le 30 novembre 2023 et que, à ce titre, une attestation de demande d'asile, valant autorisation provisoire de séjour, lui a été délivrée le même jour, en application de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, à la date de la décision attaquée, portant obligation de quitter le territoire français, le 14 décembre 2023, et alors que l'office français de protection des réfugiés et apatrides n'avait pas encore statué sur sa demande, le requérant était autorisé à demeurer sur le territoire français. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de renouveler, dans cette attente, l'attestation de demande d'asile de l'intéressé, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Carlet, son avocat de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Carlet de la somme de 800 euros.
DECIDE
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 14 décembre 2023 du préfet de police est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de renouveler, dans cette attente, l'attestation de demande d'asile de l'intéressé, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : L'État (préfet de police) versera à Me Carlet conseil de M. A, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Carlet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de police et à Me Carlet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024
La magistrate désignée,
D. PERFETTINI
La greffière,
R. BOUDINA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
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24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
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