vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401159 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | LE SAYEC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2400524 du 16 janvier 2024, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête enregistrée le 13 janvier 2024, présentée pour M. E B par Me Nolwenn Le Sayec.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris les 16 janvier et 14 mars 2024 sous le n° 2401159, M. E B, représenté par Me Nolwenn Le Sayec, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié de la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales par une personne régulièrement habilitée ;
- elle est entachée d'erreurs de faits dès lors que, contrairement à ce qu'affirme le préfet dans son arrêté, il est régulièrement entré en France sous couvert d'un visa de long séjour et y justifie de sa relation de concubinage avec une compatriote malienne titulaire d'une carte de résident ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public en l'absence de condamnation citée dans le fichier automatisé des empreintes digitales et qu'il est entré régulièrement en France le 31 mars 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français et y réside depuis lors, qu'il justifie y avoir exercé depuis le 23 février 2018 une activité professionnelle en qualité de veilleur-livreur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée jusqu'à la suspension de ce contrat en raison de l'absence de document attestant de la régularité de son séjour, qu'il a divorcé de sa conjointe de nationalité française mais vit désormais en concubinage avec Mme D, ressortissante malienne titulaire d'une carte de résident et habitant à Auxerre, que travaillant occasionnellement en région parisienne, il a conservé son domicile à Paris et qu'il est dépourvu de toute attache familiale au Mali, ses parents étant décédés et ses frères et sœurs ayant quitté le Mali ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant du refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point, en l'absence de mention claire et précise du pays de destination ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de la durée et de l'ancienneté de ses liens en France, de l'absence de menace pour l'ordre public et de soustraction volontaire à une précédente mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;
- les observations de Me Le Sayec, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que la mesure d'éloignement est également entachée d'une autre erreur de fait en l'absence de soustraction établie à une précédente mesure d'éloignement et qu'il n'a jamais fait l'objet de poursuite pour les faits qui lui sont reprochés.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 17 janvier 1988 à Bamako au Mali, de nationalité malienne, est entré en France le 31 mai 2017 sous couvert d'un visa délivré par les autorités françaises portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté en litige du 12 janvier 2024, que M. B a séjourné de manière régulière sur le territoire français du 31 mai 2017, date de son entrée en France, au 5 janvier 2022, date de la décision de rejet de sa demande de renouvellement de son dernier titre de séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence à statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-2213 du 23 août 2023 régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A C, chef du pôle instructions et mise en œuvre des mesures d'éloignement, pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment à la circonstance qu'il déclare vivre en France en concubinage, qu'il est sans enfant et y exerce une activité professionnelle. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, il comporte une mention claire et précise du pays de destination. Par suite, il comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde les décisions attaquées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné sa situation. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres moyens relatifs à l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales aurait été réalisée par une personne non habilitée n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision attaquée. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. S'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté en défense que M. B justifie être entré en France le 31 mai 2017 sous couvert d'un visa délivré par les autorités françaises portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une ressortissante française et y résider depuis lors, soit plus de six ans et sept mois à la date de la décision attaquée, dont cinq ans et sept mois en situation régulière du 31 mai 2017, date de son entrée en France, au 5 janvier 2022, date de la décision de rejet de sa demande de renouvellement de son dernier titre de séjour et si cette durée de séjour est significative, il ne justifie cependant pas d'une insertion sociale et professionnelle suffisante en France par le seul exercice du 23 février 2018 au 30 novembre 2021, date de la suspension de son contrat de travail, soit plus de trois ans et neuf mois à la date de la décision attaquée, d'une activité professionnelle en qualité de veilleur-livreur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. La seule circonstance qu'il ait travaillée durant la période la covid-19 est insuffisante pour caractériser une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, le requérant indique dans ses écritures qu'il est divorcé de sa conjointe de nationalité française. S'il se prévaut d'une relation de concubinage avec Mme D, compatriote malienne titulaire d'une carte de résident, il n'en établit pas la réalité en se bornant à produire une attestation de concubinage depuis janvier 2021 signée par Mme D le 14 mars 2024 sans qu'elle ne soit corroborée par des éléments objectifs versés au dossier. Le requérant ne se prévaut d'aucun autre lien privé et familial en France. Enfin, si son père, de nationalité française, est décédé à Bamako le 21 juin 2016, il n'établit pas être dépourvu de toute attache personnelle et familiale au Mali où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Si le préfet a retenu à tort qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'il n'établit pas que son comportement constituerait une menace à l'ordre public, en l'absence d'éléments objectifs versés au dossier attestant de la matérialité des faits qui lui sont reprochés, lesquels n'ont fait l'objet ni de poursuite ni de condamnation pénale, et qu'il aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, ces motifs erronés doivent être neutralisés dès lors que le préfet aurait édicté la même décision en se fondant uniquement sur les autres motifs retenus. Par suite, en édictant à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée, de l'erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres moyens relatifs au refus de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser un délai de départ volontaire à M. B, le préfet lui a opposé la circonstance que son comportement constitue une menace à l'ordre public, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour en raison d'une demande manifestement infondée ou frauduleuse et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a déclaré vouloir rester en France et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il est dépourvu de document de voyage en cours de validité et que s'il a déclaré un lieu de résidence, il n'apporte pas la preuve d'y demeurer de manière stable et effective. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les faits reprochés à M. B seraient établis par des éléments objectifs versés au dossier ni qu'ils auraient donné lieu à des poursuites ou condamnations pénales. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code précité pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Toutefois, le requérant ne conteste pas sérieusement que sa demande de renouvellement de son dernier titre de séjour était manifestement infondée. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'une carte d'identité malienne en cours de validité, il ne produit aucune pièce attestant d'un domicile stable et permanent. De même, il a déclaré, lors de son audition par les services de police le 12 janvier 2024, vouloir rester en France. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement se fonder sur ces motifs, dont chacun suffisait à lui seul, pour lui refuser un délai de départ volontaire en application des dispositions du 2° de l'article L. 612-2 et des 4° et 8° de l'article L. 612-3. Par suite, le motif erroné tiré de la menace à l'ordre public doit être neutralisé dès lors que le préfet aurait édicté la même décision en se fondant uniquement sur un ou plusieurs des autres motifs retenus. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public et au risque de fuite doivent être écartés.
En ce qui concerne l'autre moyen relatif à la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces dernières stipulations énoncent que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. B n'apporte aucun élément ni aucun commencement de preuve de nature à établir la réalité d'un risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au point 12 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne l'autre moyen relatif à l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
15. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'énumèrent ces dispositions, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
16. Aucun délai de départ volontaire n'ayant été accordé au requérant, il figure donc, pour ce seul motif, au nombre des ressortissants étrangers pouvant faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer une telle mesure. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits reprochés à M. B, dont la matérialité est au demeurant contestée par le requérant, seraient établis par des éléments objectifs versés au dossier ni qu'ils auraient donné lieu à des poursuites ou condamnations pénales de sorte que le préfet de police ne pouvait pas considérer son comportement comme constituant une menace à l'ordre public. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Enfin, M. B justifie, ainsi qu'il a été dit au point 8 ci-dessus, vivre en France depuis plus six ans et sept mois à la date de la décision attaquée, dont cinq ans et sept mois en situation régulière, et y avoir travaillé plus de trois ans et neuf mois à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en fixant à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et son signalement dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
18. L'annulation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune autre mesure d'exécution que l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, les conclusions de M. B tendant au seul réexamen de sa situation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. M. B a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocate peut ainsi se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Le Sayec en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. B soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Le Sayec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 12 janvier 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et signalement dans le système d'information Schengen prise à l'encontre de M. B est annulée.
Article 3 : L'État versera à Me Le Sayec une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. B soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Le Sayec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, Me Nolwenn Le Sayec et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le magistrat désigné,
N. MEDJAHED
La greffière,
E. FLORENTINY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.