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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401754

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401754

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401754
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCALVO-PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Isabelle Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a déposé, le 7 avril 2022, une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de police de Paris sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et n'a jamais reçu notification d'une décision expresse de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet lui reproche de constituer une menace pour l'ordre public et de s'être maintenu sur le territoire français sans titre de séjour malgré le rejet de sa demande de titre de séjour et de ne pas avoir effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation, alors qu'il a déposé, le 7 avril 2022, une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de police de Paris sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et n'a jamais reçu notification d'une décision expresse de refus de titre de séjour, qu'il remplit les conditions de délivrance de ce titre de séjour, qu'il est entré en France en 2015 et y réside depuis lors, qu'il justifie d'une activité professionnelle en qualité de maçon depuis avril 2021 et d'une demande d'autorisation de travail de son employeur et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, les faits reprochés n'étant pas établis et n'ayant fait l'objet d'aucune poursuite ni condamnation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet lui reproche de constituer une menace pour l'ordre public et de s'être maintenu sur le territoire français sans titre de séjour malgré le rejet de sa demande de titre de séjour et de ne pas avoir effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation, alors qu'il a déposé, le 7 avril 2022, une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de police de Paris sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et n'a jamais reçu notification d'une décision expresse de refus de titre de séjour, qu'il remplit les conditions de délivrance de ce titre de séjour, qu'il est entré en France en 2015 et y réside depuis lors, qu'il justifie d'une activité professionnelle en qualité de maçon depuis avril 2021 et d'une demande d'autorisation de travail de son employeur, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, les faits reprochés n'étant pas établis et n'ayant fait l'objet d'aucune poursuite ni condamnation, et qu'il justifie d'une résidence effective et permanente et d'un passeport en cours de validité ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit d'être entendu avant l'édiction de la mesure ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation compte de la durée de son séjour et de ses liens personnels, professionnels et familiaux en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :

- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;

- les observations de Me Calvo Pardo, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les moyens.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 2 novembre 1995 à Asiut en Egypte, de nationalité égyptienne, déclare être en France en 2015. Par un arrêté du 22 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment à la circonstance qu'il est célibataire et sans enfant. Par suite, il comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé, le 7 avril 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est constant qu'elle a été rejetée par une décision implicite du 7 août 2022. Lorsque la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Ainsi, elles ne font pas obstacle, alors même que M. B en remplirait les conditions, à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il n'établit pas remplir les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe qu'une obligation de quitter le territoire français ne puisse pas être édictée à la suite d'une décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour, laquelle n'est au demeurant pas illégale en raison de son seul caractère implicite. Enfin, contrairement à ce que semble sous-entendre le requérant, ce dernier doit être regardé comme ayant eu nécessairement connaissance du rejet implicite de sa demande de titre de séjour le 26 décembre 2023, date de la demande de communication de ses motifs formulée par courrier de son conseil, soit préalablement à l'édiction de la présente mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit sur ces points doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () ".

6. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation pour des faits de conduite sans permis et d'exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les faits reprochés à M. B, dont la matérialité est au demeurant contestée par le requérant et n'est pas établie par des éléments objectifs versés au dossier, auraient donné lieu à des poursuites ou condamnations pénales.

7. Toutefois, dans le cas où un seul des motifs d'une décision administrative est erroné, il y a lieu de procéder à la neutralisation du motif illégal s'il apparaît que la prise en considération du ou des seuls motifs légaux aurait suffi à déterminer l'administration à prendre la même décision. Or, en l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur les dispositions des 1°, 3° et 6° de l'article L. 611-1 en relevant, d'une part, qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'autre part, qu'il a fait l'objet d'une décision de rejet de sa demande de titre de séjour du 7 avril 2022 et, enfin, qu'il exerce une activité professionnelle sans autorisation de travail. Le requérant ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour préalablement à la mesure d'éloignement ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 4 et qu'il ne justifie d'aucune autorisation pour y travailler. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement prendre à son encontre, pour ces motifs dont chacun suffisait à lui seul, une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le motif erroné tiré de la menace à l'ordre public doit être neutralisé dès lors que le préfet aurait édicté la même décision en se fondant uniquement sur un ou plusieurs des autres motifs retenus. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 précité. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B justifie résider habituellement sur le territoire français depuis février 2015, soit près de neuf ans à la date de la décision attaquée, et si cette durée de séjour est significative, il ne justifie cependant pas d'une insertion sociale et professionnelle suffisante en France par le seul exercice d'avril 2021 à décembre 2022, soit un an et neuf mois, d'une activité professionnelle en qualité de maçon dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. La circonstance qu'il justifie d'une demande d'autorisation de travail de son employeur, dont il ne ressort au demeurant pas des pièces qu'elle aurait été effectivement déposée auprès des autorités compétentes, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs et surtout, il ne justifie d'aucun lien privé et familial en France alors qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police le 22 janvier 2024, être célibataire et sans enfant. Enfin, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache personnelle et familiale en Egypte. Par suite et alors même que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, en édictant à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser un délai de départ volontaire à M. B, le préfet lui a opposé la circonstance que son comportement constitue une menace à l'ordre public, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour en raison d'une demande manifestement infondée ou frauduleuse et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a déclaré vouloir rester en France et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où s'il a déclaré un lieu de résidence, il n'apporte pas la preuve d'y demeurer de manière stable et effective. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les faits reprochés à M. B, dont la matérialité est au demeurant contestée par le requérant, seraient établis par des éléments objectifs versés au dossier ni qu'ils auraient donné lieu à des poursuites ou condamnations pénales. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code précité pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Toutefois, le requérant ne conteste pas sérieusement que la demande de titre de séjour du 7 avril 2022 qui a fait l'objet d'un refus implicite était manifestement infondée. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'un domicile stable et permanent dans le 18ème arrondissement de Paris, il a déclaré, lors de son audition par les services de police le 22 janvier 2024, vouloir rester en France. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement se fonder sur ces motifs, dont chacun suffisait à lui seul, pour lui refuser un délai de départ volontaire en application des dispositions du 2° de l'article L. 612-2 et du 4° de l'article L. 612-3. Par suite, les motifs erronés tirés de la menace à l'ordre public et de l'absence de garanties de représentation suffisantes doivent être neutralisés dès lors que le préfet aurait édicté la même décision en se fondant uniquement sur un ou plusieurs des autres motifs retenus. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public et au risque de fuite doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne dégagée dans son arrêt C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu préalablement à l'édiction de la mesure en litige et, par suite, qu'il a été mis à même de présenter ses observations conformément au principe général du droit d'être entendu. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle et familiale qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fût prise la mesure qu'il conteste. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas avoir disposé d'informations utiles et pertinentes tenant à sa situation personnelle et familiale qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'énumèrent ces dispositions, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 ci-dessus, M. B ne justifie pas d'une insertion personnelle, familiale et professionnelle significative sur le territoire français. Par suite et alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il justifie de près de neuf ans de présence habituelle sur le territoire français et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées au frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le magistrat désigné,

N. MEDJAHED

La greffière,

E. FLORENTINY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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