Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, Mme B... G..., M. C... G... et M. D... G..., représentés par Me Pouillaude, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a rejeté leur demande tendant à l’indemnisation de leurs préjudices en lien avec le décès survenu le 10 novembre 2023 de Mme A... G..., qu’ils attribuent aux fautes commises par l’AP-HP ;
2°) de condamner l’AP-HP à leur verser la somme globale de 85 312 euros en réparation de leurs préjudices ;
3°) de mettre à la charge de l’AP-HP la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
la responsabilité de l’AP-HP est engagée sur le fondement de la faute médicale car Mme A... G... ne remplissait pas les critères d’éligibilité à la procédure d’implantation d’une valve par voie percutanée définie par les recommandations européennes alors applicables, dans la mesure où elle présentait un risque opératoire intermédiaire et où il n’y a pas eu de réunion de concertation pluridisciplinaire ;
la responsabilité de l’AP-HP est également engagée en raison du manquement de l’équipe soignante à son obligation d’information car Mme A... G... n’a pas bénéficié d’une information claire lui permettant de prendre le temps nécessaire à la réflexion ;
M. D... G..., époux de la victime, a subi un préjudice d’affection, évalué à la somme de 25 000 euros ainsi qu’un préjudice d’accompagnement, évalué à la somme de 9 000 euros ;
Mme B... G... et M. C... G..., les enfants de la victime, ont subi un préjudice d’affection, évalué à la somme de 5 000 euros chacun ;
leur préjudice patrimonial en lien avec la procédure de référé-expertise introduite devant ce tribunal est évalué à 6 312 euros ;
Mme A... G... a subi un préjudice d’anxiété et d’impréparation, évalué à la somme de 35 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2025, l’AP-HP demande au tribunal :
1°) de limiter à 2 000 euros l’indemnisation du préjudice d’impréparation dont a été victime Mme A... G... ;
2°) de rejeter ou réduire le montant des demandes formées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle fait valoir que :
aucune faute ne peut lui être imputée au titre de l’indication du remplacement valvulaire ;
elle ne conteste pas son obligation d’indemniser les requérants au titre du défaut d’information à l’origine d’un préjudice d’impréparation de Mme A... G... ;
elle ne s’oppose pas à la prise en charge des frais de l’expertise judiciaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2025, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saumon, conclut au rejet de toute demande qui serait dirigée contre lui, à sa mise hors de cause et à ce que les dépens soient mis à la charge de la partie perdante.
Il fait valoir que les conditions d’indemnisation par la solidarité nationale ne sont pas remplies.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d’assurance maladie de Paris qui n’a pas produit d’observations.
Par une ordonnance du 19 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 janvier 2026.
Par un courrier du 16 février 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d’indemnisation du préjudice d’impréparation de Mme A... G....
Les requérants ont produit des observations en réponse à ce courrier du 16 février 2026, qui ont été enregistrées le 16 février 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la santé publique,
le code de la sécurité sociale,
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Lambert,
les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public,
et les observations de Me Bourgoin-Verdier pour les requérants.
Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 20 février 2026.
Considérant ce qui suit :
Mme A... G..., alors âgée de soixante-dix-sept ans, porteuse d’une bioprothèse mitrale depuis l’année 2007, s’est vu diagnostiquer au mois d’octobre 2020 une « fuite sévère intra prothétique mitrale par dégénérescence ou séquelles d’endocardite ». Mme A... G... a subi une intervention de remplacement de cette bioprothèse par voie percutanée le 9 novembre 2020 à l’hôpital européen Georges Pompidou, qui relève de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Au cours du geste, l’aorte a été blessée, nécessitant une chirurgie de reprise en urgence, qui a échoué. Mme A... G... est décédée le 10 novembre 2020 d’un arrêt cardio-vasculaire.
L’époux de Mme A... G..., M. D... G..., et ses deux enfants, Mme B... G... et M. C... G..., ont saisi le juge des référés de ce tribunal d’une demande d’expertise. Par une ordonnance du 10 mai 2022, le juge des référés a désigné un collège d’experts composé d’un cardiologue et d’un chirurgien cardio-vasculaire et thoracique. Sur la base de leur rapport d’expertise, M. D... G..., Mme B... G... et M. C... G... demandent au tribunal, tant en leur qualité d’ayants droit de Mme A... G... qu’en leur nom propre, la condamnation de l’AP-HP à les indemniser de leurs préjudices, qu’ils attribuent aux manquements de l’AP-HP dans la prise en charge de Mme A... G... par l’équipe médicale de l’hôpital européen Georges Pompidou.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Les ayants droits de Mme A... G... demandent l’annulation de la décision implicite de rejet de leur réclamation indemnitaire adressée à l’AP-HP le 25 septembre 2023. Toutefois, cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l’égard de l’objet de la demande des requérants qui, en formulant des conclusions tendant à la réparation des préjudices consécutifs au décès de Mme A... G..., ont donné à l’ensemble de leur requête le caractère d’un recours de plein contentieux. Au regard de l’objet d’une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit des requérants à percevoir les sommes qu’ils réclament, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision par laquelle l’AP-HP a rejeté leur demande indemnitaire, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions visant à l’annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne les causes du dommage :
Il résulte de l’instruction et en particulier du rapport d’expertise, que Mme A... G... est décédée d’une blessure aortique valvulaire et ventriculaire gauche causée par le guide vasculaire utilisé lors du geste de remplacement de la valve mitrale par voie percutanée, qui s’est compliquée d’une fuite aortique massive avec une dissection de l’aorte initiale, dont la tentative de réparation chirurgicale a été infructueuse. Selon les experts, la lésion aortique est un accident médical non fautif. Cependant, il résulte de l’instruction que cet accident médical est en lien direct avec la technique mise en œuvre par l’équipe médicale pour le remplacement de la valve mitrale.
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
D’une part, aux termes du I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique : « I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. (…) ». Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d’un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d’obtenir une amélioration de son état de santé ou d’échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l’établissement et qui doit être intégralement réparé n’est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d’éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l’hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l’ampleur de la chance perdue.
D’autre part, aux termes du II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique : « II.- Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret (…). ». Il résulte de ces dispositions que la réparation d’un accident médical par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale n’est possible qu’en dehors des cas où cet accident serait causé directement soit par un acte fautif d’un professionnel de santé ou d’un établissement, service ou organisme mentionné au I du même article, soit par un défaut d’un produit de santé.
Lorsque, dans le cas d’un tel accident médical non fautif dont les conséquences dommageables remplissent les conditions prévues par le II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, une faute commise par un professionnel, un établissement, un service ou un organisme mentionné au I du même article a, sans être la cause directe de l’accident, fait néanmoins perdre à la victime une chance d’y échapper ou de se soustraire à ses conséquences, cette dernière a droit à la réparation intégrale de son dommage au titre de la solidarité nationale, mais l’indemnité due par l’ONIAM doit être réduite du montant de l’indemnité mise à la charge du professionnel, de l’établissement, du service ou de l’organisme responsable de la perte de chance, laquelle est égale à une fraction des dommages, fixée à raison de l’ampleur de la chance perdue.
Par suite, il appartient au juge saisi par la victime d’un accident médical de conclusions indemnitaires invoquant la responsabilité pour faute d’un professionnel de santé ou d’un établissement, service ou organisme mentionné au I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, de déterminer si l’accident médical a été directement causé par la faute invoquée et, dans ce cas, si l’acte fautif est à l’origine des dommages corporels invoqués ou seulement d’une perte de chance de les éviter. Si l’acte fautif n’est pas la cause directe de l’accident, il lui appartient de rechercher, le cas échéant d’office, si le dommage subi présente le caractère d’anormalité et de gravité requis par les dispositions du II de l’article L. 1142‑1 du code de la santé publique et doit, par suite, faire l’objet d’une réparation par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale. Enfin, dans le cas d’une réponse positive à cette dernière question, si la faute reprochée au professionnel de santé ou à l’établissement, service ou organisme mentionné au I de l’article L.1142-1 du code de la santé publique a fait perdre à la victime une chance d’éviter l’accident médical non fautif ou de se soustraire à ses conséquences, il appartient au juge, tout en prononçant le droit de la victime à la réparation intégrale de son préjudice, de réduire l’indemnité due par l’ONIAM du montant qu’il met alors, à ce titre, à la charge du responsable de cette perte de chance.
En ce qui concerne la responsabilité de l’AP-HP :
S’agissant de la faute médicale :
Mme A... G... a fait l’objet d’un remplacement de sa bioprothèse de valve mitrale dégénérée par voie percutanée, autrement appelée procédé « valve in valve ». Selon les recommandations européennes pour le « management des bioprothèses valvulaires dégénérées » en vigueur au moment des faits (2017 ESC/EATS Guidelines for the management of valvular heart disease), lesquelles ont été versées aux débats en langue anglaise, et notamment le point 11.2.6 de ces recommandations intitulé Prise en charge de la défaillance des valves bioprothétique : « Les procédures « valve-in-valve » et « valve-in-ring » peuvent constituer des alternatives raisonnables si le patient présente un risque chirurgical élevé, mais il est nécessaire que l’équipe multidisciplinaire (Heart Team) discute chaque cas et choisisse la meilleure approche individualisée ».
En premier lieu, selon les experts, Mme A... G... présentait un risque opératoire intermédiaire, avec un Euroscore 2 de 6,4 %, de sorte que le procédé « valve in valve », qui est réservé aux patients à haut risque chirurgical n’était pas indiqué dans sa situation et qu’elle aurait dû bénéficier d’une chirurgie thoracique. L’AP-HP soutient, au contraire, que Mme A... G... était une patiente à haut risque chirurgical dès lors que son taux d’Euroscore 2 était de 7,46%. Cependant, en se bornant à produire une copie d’écran, au demeurant non interprétable, l’AP-HP ne parvient pas à remettre en cause le taux d’Euroscore 2 déterminé par les experts, d’autant plus qu’il résulte de l’instruction que ce taux fixé par les experts a été évoqué à plusieurs reprises lors de la réunion d’expertise du 6 janvier 2023 et que l’AP-HP ne l’a pas contesté lors de cette réunion. Cette faute de l’équipe médicale résultant de la mauvaise indication d’une intervention pour le remplacement de la valve mitrale par voie percutanée au lieu de la chirurgie thoracique est de nature à engager la responsabilité de l’AP-HP.
En second lieu, il résulte de la section 3 (« commentaires généraux ») des mêmes recommandations européennes de 2017 que « La décision concernant une intervention doit être prise par une « Heart Team » disposant d’une expertise particulière dans la VHD, comprenant : / des cardiologues, / des chirurgiens cardiaques, / des spécialistes en imagerie, / des anesthésistes (…) ». En l’espèce, il résulte de l’instruction que le dossier de Mme A... G... a été discuté entre un cardiologue, un échographiste cardiologue et une cardiologue interventionnelle pour l’indication d’une intervention percutanée « valve in valve ». Au cours des opérations d’expertise, un représentant de l’AP-HP a déclaré qu’il n’y avait « pas eu de réunion de concertation pluridisciplinaire avec un chirurgien cardiaque » et un autre représentant de l’AP-HP a indiqué qu’il « n’y avait pas eu de discussion conforme puisqu’il n’y avait ni chirurgien ni anesthésiste ni réanimateur dans le staff ». Ce manquement de l’équipe médicale consistant à ne pas avoir réuni la « Heart Team » régulièrement composée avant la prise de décision sur la technique de remplacement de la valve mitrale de Mme A... G... est également de nature à engager la responsabilité de l’AP-HP.
Il résulte du rapport d’expertise que les manquements de l’équipe médicale décrits aux points 10 à 11 ci-dessus sont à l’origine d’une perte de chance de survie pour Mme A... G... évaluée à hauteur de 95%, compte tenu du risque de décès lors de l’intervention chirurgicale pour remplacement de la valve de l’ordre de 4 à 6% qui aurait dû être pratiquée.
S’agissant du défaut d’information :
Aux termes de l’article L. 1111-2 du code de la santé publique : « I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. (…). Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. (…) ». Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l’accomplissement d’un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
Il résulte de l’instruction que Mme A... G... a signé le 8 novembre 2020 un formulaire de consentement à des soins qui étaient, en tout état de cause, nécessaires à sa survie. Cependant, selon les experts, en dehors de toute urgence, l’information devait être « répétée et tracée avec l’explication du risque vital engagé quelle que soit la procédure, ce qui n’a pas été le cas ». L’AP-HP ne rapporte pas la preuve, qui pourtant lui incombe, que Mme A... G... aurait été informée des risques spécifiques à l’intervention qu’elle a subie, quand bien même celle-ci n’était pas conforme aux règles de l’art médical. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l’AP-HP, laquelle au demeurant ne conteste pas sa responsabilité, a manqué à son obligation d’information, prévue pas les dispositions précitées de l’article L. 1111-2 du code de la santé publique.
En ce qui concerne la réparation au titre de la solidarité nationale :
Il résulte des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées au point 6 du présent jugement et de l'article D. 1142-1 du même code que l’ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l’absence de traitement. Lorsque les conséquences de l’acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l’absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l’acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l’état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l’origine du dommage.
En l’espèce, le critère de gravité est rempli, dès lors que la victime est décédée, alors que son pronostic vital n’était pas engagé à court terme. En revanche, s’agissant du critère de l’anormalité, les experts ne se prononcent pas sur la fréquence de survenance d’une blessure de l’aorte lors d’une intervention de changement d’une prothèse mitrale par voie percutanée.
L’état de l’instruction ne permet pas au tribunal de se prononcer sur le critère de l’anormalité et, partant, sur le point de savoir si les conditions de l’indemnisation par la solidarité nationale sont remplies.
Aux termes de l’article R. 626-2 du code de justice administrative : « Lorsqu'une question technique ne requiert pas d'investigations complexes, la formation de jugement peut charger la personne qu'elle commet de lui fournir un avis sur les points qu'elle détermine. Elle peut, à cet effet, désigner une personne figurant sur l'un des tableaux établis en application de l'article R. 221-9. Elle peut, le cas échéant, désigner toute autre personne de son choix. Le consultant, à qui le dossier de l'instance n'est pas remis, n'a pas à opérer en respectant une procédure contradictoire à l'égard des parties. (…) ».
Il y a lieu de charger le docteur E... F..., chirurgien cardio-vasculaire et thoracique, sur le fondement des dispositions précitées de l’article R. 626-2 du code de justice administrative, d’indiquer au tribunal, dans le délai d’un mois à compter de la demande qui lui sera adressée, la fréquence, exprimée en pourcentage, de survenance d’une blessure aortique valvulaire causée par un guide vasculaire utilisé lors du geste de remplacement de la valve mitrale par voie percutanée.
En ce qui concerne les préjudices :
S’agissant des préjudices de la victime directe :
Le défaut d’information mentionné au point 14 du présent jugement est à l’origine d’un préjudice moral d’impréparation subi par Mme A... G..., dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à une somme de 2 000 euros. Cette somme sera mise à la charge de l’AP-HP.
S’agissant des préjudices des victimes indirectes :
En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d’affection de M. D... G..., époux de la victime, en le fixant à une somme de 20 000 euros. En application du taux de perte de chance de 95%, tel que fixé au point 12 du présent jugement, une somme de 19 000 euros sera mise à la charge de l’AP-HP.
En deuxième lieu, si M. D... G... fait valoir un préjudice d’accompagnement qu’il évalue à la somme de 9 000 euros, il n’établit cependant pas de bouleversement de son mode de vie au quotidien en lien direct avec l’accident médical survenu le 9 novembre 2020. Ce poste de préjudice doit ainsi être écarté.
En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d’affection de Mme B... G... et de M. C... G..., enfants majeurs de la victime, en le fixant à la somme de 5 000 euros chacun. En application du taux de perte de chance de 95%, une somme de 4 750 euros sera mise à la charge de l’AP-HP pour chacun des deux enfants de la victime.
Sur les dépens :
Les dépens de l’expertise, taxés et liquidés à la somme globale de 6 312 euros, par une ordonnance du 30 mars 2023 du président du tribunal, sont mis à la charge définitive de l’AP-HP.
Tous droits et moyens sur lesquels il n’a pas été expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu’au terme de l’instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d’annulation de la requête sont rejetées.
Article 2 : L’Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. D... G..., à Mme B... G... et à M. C... G... une somme globale de 2 000 euros en leur qualité d’ayants droit de Mme A... G....
Article 3 : L’Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. D... G... une somme de 19 000 euros en réparation de ses préjudices propres, à M. C... G... une somme de 4 750 euros en réparation de ses préjudices propres et à Mme B... G... une somme de 4 750 euros en réparation de ses préjudices propres.
Article 4 : Les frais de l’expertise judiciaire taxés et liquidés à la somme globale de 6 312 euros, sont mis à la charge définitive de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Article 5 : Il sera, avant de statuer sur l’éventuelle réparation des préjudices des requérants au titre de la solidarité nationale, demandé au docteur E... F..., chirurgien cardio-vasculaire et thoracique, un avis sur la fréquence, exprimée en pourcentage, de survenance d’une blessure aortique valvulaire causée par un guide vasculaire utilisé lors du geste de remplacement de la valve mitrale par voie percutanée. L’avis devra être transmis au tribunal dans le délai d’un mois à compter de la demande qui sera adressée au médecin.
Article 6 : Les frais et honoraires relatifs à l’avis technique sont réservés pour y être statué en fin d’instance.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n’est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu’en fin d’instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. D... G..., à Mme B... G..., à M. C... G..., à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris, à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affection iatrogènes et des infections nosocomiales, à la Caisse primaire d’assurance maladie de Paris et au Docteur E... F....
Délibéré après l'audience du 20 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.