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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401865

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401865

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401865
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2401865 le 25 janvier 2024, M. A B D F, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023, notifié le 20 décembre 2023, par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé, à son activité professionnelle et la constitution d'une menace à l'ordre public ;

- il viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B D F ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2411437 le 7 mai 2024, M. C D F, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024, notifié le 12 avril 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé, à son activité professionnelle et la constitution d'une menace à l'ordre public.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle viole les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B D F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leravat a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B D F, ressortissant égyptien né le 4 décembre 1985, est entré en France en 2002, selon ses déclarations, a sollicité, le 27 octobre 2022, le renouvellement de son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 411-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 décembre 2023, notifié le 20 décembre suivant, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par les présentes requêtes, M. B D F demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2401865 et n° 2411437, présentées pour M. B D F, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 8 décembre 2023 :

3. Aux termes de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La carte de séjour pluriannuelle a une durée de validité de quatre ans, sauf lorsqu'elle est délivrée : / () / 10° Aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23 ; dans ce cas, sa durée est de deux ans ; () " Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Enfin, aux termes de l'article L. 412-5 du code précité : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

4. Il ressort des termes de la décision attaquée ainsi que du mémoire en défense du préfet de police que, pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B D F sur le fondement de l'article L. 411-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le requérant constitue une menace à l'ordre public en raison des condamnations dont il a fait l'objet. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B D F a été condamné à une amende de quatre cents euros le 25 février 2014 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 4 décembre 2013, puis à six cents euros d'amende le 18 juin 2015 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 6 mars 2015, et à cinq cents euros d'amende le 18 août 2015 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis le 8 avril 2015. Toutefois, tant ces condamnations que la commission des faits remontent à presque dix ans. Si le préfet de police relève, en outre, que M. B D F a fait l'objet d'une condamnation récente, le 3 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Paris, pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et violation de domicile, introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte commis le 3 décembre 2020, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a été condamné qu'à deux mille euros d'amende. Par ailleurs, M. B D F n'a pas fait l'objet de nouvelles condamnations. D'autre part, si le préfet de police fait valoir que l'intéressé est connu défavorablement de services de police et fait référence à plusieurs faits, ceux-ci ne sont pas inscrits au casier judiciaire du requérant. Enfin, la commission du titre de séjour, saisie par le préfet, a rendu un avis favorable le 6 décembre 2023. Dans ces circonstances, M. B D F est fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur sur l'appréciation de la menace à l'ordre public.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B D F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour.

En ce qui concerne l'arrêté du 29 mars 2024 :

6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, M. B E est fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur sur l'appréciation de la menace à l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 29 mars 2024 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à l'encontre de M. B D F une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement mais nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B D F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 décembre 2023 et l'arrêté du 29 mars 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de M. B D F dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B D F la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des requêtes de M. B D F est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D F, au préfet de police et à Me Nessah.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401865,

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